CHAPITRE DIXIÈME
» remettant à la destinée , je me résigne d'avance » à ses arrêts.
» Agréez, Monsieur, l'assurance de mon » estime.
» Napoléon-Louis Bonaparte. »
Si l'affectueux intérêt qu'inspirait le prince avait, pour un moment, divisé ses amis dans les conseils qu'ils lui donnaient , ils se trouvèrent unanimes pour louer une résolution qui montrait tant de fermeté dans le malheur.
Remarquons en passant combien il est toujours sage aux hommes qui jouent un rôle politique d'obéir aux instincts de leur âme. Si le prince avait signé la lettre en question, il n'eût pas recouvré sa liberté ; nous le savons d'une manière certaine par un député ministériel qui avait eu une longue conversation avec M. Duchôtel ; « nous » voulons Tamener à demander sa grâce, » avait dit le ministre; ce qui signifiait, en d'autres termes : nous ne voulons le laisser sortir de Ham que dégradé et flétri.
Le refus du prisonnier ne mit pas fin à la négociation. Trente-trois députés des plus marquants de la Chambre tentèrent un dernier effort.
a 02 LE PRISONNIER DE HA M.
M. Odilon Barrot demanda au roi une audience qui lui fut accordée.
Le chef de la gauche dynastique fut éloquent ; il déploya toutes les ressources de sa parole pour démontrer le contraste frappant qui existait entre la position des deux dynasties appelées au trône par des révolutions ; il représenta la famille Bonaparte proscrite, persécutée, dispersée dans le monde, l'héritier du nom impérial languissant sous les verrous , tandis que son père mourait en exil; et d'autre part, le roi lui-même régnant en paix au milieu des splendeurs du pouvoir, entouré des soins et de l'éclat d'une famille chérie.
Le roi répondit qu'il n'exigeait pas du prisonnier l'humiliation d'une demande en grâce, mais voulait simplement l'amener h reconnaître qu'il tiendrait du pouvoir royal l'autorisation de visiter son père. Louis-Philippe blâma énergiquement les paroles de M. DuchAtel, qu'il qualifia de « réponse de geôlier ; » et l'affaire fut de nouveau soumise au conseil.
M. Odilon Barrot ne conserva que très-peu de temps quelque espoir, à la suite de cet entretien. Voici la lettre par laquelle il annonça au prince la triste et définitive issue de toute cette négociation.