CHAPITRE DIXIÈME
« Mon Prince,
» Nous avons échoué dans notre nouvelle né- » gociation et si je vous en préviens si tard, c'est » qu'hier encore quelqu espoir m'était laissé, on » se rejette sur les circonstances actuelles, l'état » de l'Italie, celui de la Suisse... On aurait ce- » pendant passé sur ces circonstances si une ga- » rantie explicite eût été donnée dans votre lettre ; » parce qu'alors on se serait dispensé d'en saisir » le Conseil. Mais la politique n'ayant pas été mise » hors de cause , il avait fallu se rendre aux con- » sidérations d'ordre public qui ont prévalu dans » le Conseil. Ainsi, quant à présent, avec les cir- » constances, pas de mise en liberté.
» C'est le cœur navré que je vous transmets ce » résultat. J'avais prié Valmy de dire au Roi que » si nous avions été en dissentiment complet depuis » 1830 sur la politique, j'espérais, du moins, que » nous étions restés d'accord sur les sentiments » d'humanité et de générosité. Je vois que c'est
» encore une de mes illusions à laquelle il faut que » je renonce.
» Recevez, mon Prince, avec mes vifs et pro- » fonds regrets, le nouvel hommage de mon res- » pectueux dévouement.
» Odilon Bàrrot.
» 25 février 1846. »
Quelques tentatives individuelles furent encore faites; aucune ne réussit, et il n'en resta qu'une évidence plus marquée du mauvais vouloir qui animait le gouvernement. Un des membres les plus distingués de la chambre des pairs d'Angleterre se détermina cependant à une nouvelle démarche. Il demanda d'abord au prince quelle garantie il était disposé à donner. Celui-ci, désirant aller aussi loin que le lui permettait, sans faillir, la dignité de son nom , autorisa le noble lord à déclarer au gouvernement français que, si les portes de Ham s'ouvraient pour lui, Napoléon-Louis s'engageait à partir pour l'Amérique, après avoir passé, près de son père, une seule année en Italie.
Cette négociation n'eut pas plus de succès que les autres.