‹ Le prisonnier de HamChapitre 50 sur 70 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

merveilleusement ce projet , car au moment où l'on cherchait un motif de travaux urgents à réclamer, le commandant vint lui-même annoncer que des ordres, arrivés de Paris, prescrivaient la réparation immédiate de l'escalier et des corridors. A cette époque, les cinq années d'emprisonnement auxquelles avait été condamné le docteur Conueau venaient d'expirer ; il était donc légalement libre, et pouvait, ainsi que le valet de chambre Thélin, aller à la ville quand il lui plaisait.

Malgré la longue habitude des précautions de surveillance et leur apparente inutilité , le commandant ne les avait pas laissées tomber en désuétude. La garde était toujours doublée à la nuit, et au premier coup d'horloge sonnant dix heures , le whist cessait invariablement. Deux gardiens étaient au bas de l'escalier; le commandant s'assurait de leur présence , fermait lui-même la porte du dehors , et en mettait la clef dans sa poche avec la régularité de lady Douglas au château de Lochleven.

Le prince avait remarqué que l'un des deux gardiens, à certains jours de la semaine, s'absentait pour aller chercher les journaux , et laissait son camarade seul pendant près d'un quart d'heure. C'était

ce court instant qu'il fallait mettre à profit en détournant l'attention de l'homme qui restait là livré à l'ennui de l'isolement. Quant aux sentinelles, il y avait peu de chose à en craindre. Personne d'ailleurs ne paraissait croire qu'une entreprise d'évasion pût s'exécuter autrement que par un secours extérieur. C'est dans ce sens que les consignes étaient données, et l'on empêchait avec un soin sévère l'approche de la forteresse. Toute personne qui entrait était strictement examinée ; mais on laissait sortir sans soupçon.

Voici quelles furent les dispositions prises : Charles Thélin, comme il l'avait déjà fait plusieurs fois , demanda la permission de se rendre à Saint- Quentin ; au moment où il devait sortir, comme pour aller louer un cabriolet, le prince sortirait aussi lui-même, sous son déguisement d'ouvrier. Cette combinaison avait deux avantages : elle laissait à Thélin la faculté d'attirer seul les regards des gardiens et des soldats en jouant avec Ham , le chien du prince , auquel les gardiens et la garnison étaient fort gaiement accoutumés ; et , de plus, elle lui permettait d'adresser utilement la parole à ceux qui seraient tentés de parler au prétendu ouvrier, lorsqu'il traverserait la cour.

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