CHAPITRE TREIZIÈME. US
cm'être entouré d'hommacres nar la conscience nu» blique de tous les pays) que furent racontés les détails de son habile conduite après le départ de Napoléon-Louis.
Il commença par fermer la porte de la chambre qui donnait dans le salon , où il alluma un grand feu malgré la chaleur du jour , preuant pour prétexte une indisposition du prince. 11 en parla à l'homme de peine, qui put voir une cafetière placée dans l'àtre. Vers huit heures, un paquet de plants de violettes arriva par la diligence; le docteur pria le gardien de préparer plusieurs pots à fleurs, d'y mettre de la terre, et l' éloigna ainsi du salon. A huit heures et demie, Ton vint demander où le déjeuner devait être servi. Le docteur répondit que ce serait dans sa propre chambre et qu'il n'y aurait pas besoin de prendre la grande table , attendu que le général Montholon gardait aussi le lit. Il ajouta que le prince avait pris médecine, et, pour qu'on n'eût pas à en douter, il en prit une lui-même ; mais l'effet en ayant été nul (il fallut bien donner ces singuliers détails devant l'auditoire de Péronne), il inventa un mélange de café et de croûtes de pain brûlé qu'il étendit d'acide nitrique, et l'odorat des gardiens suffit à les
I2fi LE PRISONNIER DE HAM.
persuader sans qu'ils songeassent à concevoir le moindre soupçon de cette chimie.
Bientôt après le commandant s'informa des nouvelles du prince , et Gonneau lui répondit qu'il se trouvait mieux et fut forcé d'accepter un domestique pour suppléer Thélin qu'on savait absent. Cet homme fut chargé de faire le lit du prince, qui était supposé étendu sur un sofa dans le salon.
Tout alla bien jusqu'à sept heures et quart du soir. A ce moment le commandant se présenta quelque peu rembruni. Le prince est un peu mieux, lui dit Conneau. — S'il est mieux, répliqua le commandant, je peux lui parler; il faut que je lui parle.
Un mannequin était dans le lit avec l'apparence de la tête tournée du côté du mur. Le docteur appela le prince qui, l'on peut bien se l'imaginer, ne répondit pas. Alors, faisant un signe, le docteur indiqua que le malade était endormi. Peu satisfait par cette pantomime, le commandant s'assit dans le salon en disant que ce sommeil ne durerait pas toujours et qu'il allait en attendre la fin. En même temps il remarqua que l'heure d'arrivée de la diligence était passée et qu'il était singulier que Thélin ne parût pas. A quoi le docteur répondit que celui-ci avait pris un cabriolet et s'en servait, sans