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Voy. surtout les Convers*»iions chrétienTies

LA FORMB DE U Vtt. 3S9

/emenl en Dieu et expansion à partir de Dieu, si l'on peut ainsi parler, comme la vie divine ellemême est parfaite en soi et prête à se répandre en voulant du bien, en faisant du bien. C'est ce qu'on veut dire encore en disant que Dieu est saint, ce qui le met à part de tout le reste, et que Dieu est agissant et fécond, ce qui rattache à lui tout le reste. Dieu a créé : Dieu ne dédaigne pas d'agir et de faire, ce qui n'empêche pas Dieu de demeurer infiniment au-dessus de ce qu'il fait.

Là est la solution de Tantinomie. Se séparer de tout pour s'unir à Dieu, s'unir à tout pour s'unir à Dieu : les deux choses sont également vraies et bonnes.

Ces contrariétés ont donc, si Ton peut dire, leur nœud dans la simplicité, divine ; et la vie, prise en son idée, les comporte Tune et l'autre. Mais, comme l'homme est faible, et que par cette faiblesse la simplicité et unité idéale se brise, les deux formes de vie, dans la pratique, peuvent se séparer l'une de l'autre, s'opposer l'une à l'autre. Ni l'une ni l'autre n'étant la forme totale ne doit être exclusive. L'une ou l'autre pourra prévaloir selon les circonstances,

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mais sans jamais supprimer entièrement celle qui aura le dessous, et celle-ci reparaîtra sous un autre aspect. Enfin, quelque chose demeure sous la variété des formes, c'est Vesprit, lequel doit vraiment être le même pour tous et en tous. Ressembler à Dieu, imiter Dieu, aimer ce que Dieu aime et comme Dieu aime, vouloir ce que Dieu veut et comme Dieu veut ; et, partant, préférer à tout Dieu même et n'estimer le reste que pa,r rapport à Dieu, ou encore vouloir que Dieu soit, et soit le premier, et souverain, c'est-à-dire Dieu, et vouloir que le reste soit selon que Dieu le veut : voilà Yesprit, et c'est cela qui doit tout dominer, tout pénétrer, tout animer; alors les formes pourront varier, se diversifier, sans que cette variété et cette diversité ôte à la morale ou au vouloir moral l'unité. Pourquoi tous les hommes devraient-ils être jetés dans le même moule ? La variété des formes de vie tient t l'ampleur du Bien qu'aucun effort humain n'épuise ni n'égale, elle tient aussi à l'excellence du sujet moral, de la personne morale qui a une originalité propre, et partant mille manières d'avancei dans la carrière^ indéfinie du bien, mille façons d'en concevoir quelque chose et de l'appliquer

aux circonstances et de le reproduire dans la réalité multiple elle-même et variée.

Ce qui importe donc étant objectivemeni Tordre, le vouloir divin, et subjectivement la conformité à cet ordre, ou un vouloir regardant le vouloir divin et s'y conformant, nous voyuns qu'il n'y a pas lieu de chercher une forme unique de vie, un moule uniforme, et qu'il y a place pour une heureuse variété.

Entendons-nous pourtant,- et prévenons toute équivoque. Les préceptes prohibitifs sont uniformes. Uniformes aussi certains préceptes impulsifs très généraux. Le précepte prohibitif est fixe : il pose une barrière qui ne peut être franchie ni déplacée sans que la moralité cesse, sans que l'amour de Dieu disparaisse. Fixes aussi sont les préceptes impulsifs exprimant l'obligation d'aimer, l'obligation de vouloir du bien

et de faire du bien à autxui, et avant tout Tobli-

i^ation de vouloir que Dieu soit, et soit ce qu'il

est, et de coopérer à ses desseins, de travailler à étendre son règne, à procurer sa doirc. Le reste n'est pas déterminée

\. Bo5Suet, Préface sur une Insiru'tioii pasloraU de M. ae

La pratique du bien a beau être obligatoire, elle a quelque chose de libre. Même quand il s'agit de devoirs proprement dits qui n'ont rien de surérogatoire, qui sont des préceptes, non des conseils, quelque chose est laissé à l'initiative personnelle, à Tinvention, à roriginahté et à la ^^énérosité.

Dans la vertu, il y a la correction, — n'en faisons pas fi, — et il y a le souffle. Comprenons cela par comparaison avec les produits de l'intelligence, avec les œuvres littéraires. Être correct, ce n'est pas assez : il faut du mouvement, de l'élan.

Je sais bien ce que dit Kant. Il nous accuse d'orgueil. Il dit que nous prétendons nous mettre au-dessus de la règle, comme des volontaires qui ont de l'ardeur pour combattre, mais qui s'af-

Cambrai (éd. Vives, t. XIX), Part. I^e, section v, n» 59, p. 224.

« Je Q'ai pas observé en vain qu'il s'agit ici du précepte affirmatif (par opposition au précepte négatif), puisque c'est le seul dont l'obligation n'est pas perpétuelle, et à laquelle, même hors des cas fort rares, on ne peut jamais assigner des moments certains. Qu'on m'entende bien : je ne dis pas que l'obligation de pratiquer les préceptes affirmatifs soit rare; à Dieu ne plaise! je parle des moments certains et précis de l'obligation; car, qui peut déterminer l'heure précise à laquelle il faille satisfaire au précepte intérieur de croire, d'espérer, d'aimer, au précepte extérieur d'entendre la messe et am autres de cette nature? »

franchissent de toute discipline*. Mais nous n'avons pas l'orgueil de nous mettre au-dessus de ridée du devoir; nous ne prétendons pas agir de notre propre mouvement sans avoir besoin d'aucun ordre. Le souffle, l'élan, la générosité dont je parle, ce n'est pas cela. Nous disons : Il y a des ordres, et puis il y a des invitations, des appels. Il y a la discipline, et nous ne la rejetons pas, mais il y a, même dans ce qui est obligatoire, ce qui n'est pas réglé avec une exacte rigueur, ce qui n'est pas déterminé dans un détail précis et certain. Faire du bien, c'est un ordre, et précis. Qui s'y refuserait n'aurait point de valeur morale. Que serait la vertu d'un homme qui croirait que s'abstenir de nuire, au sens strict et littéral, suffît, et que toute bienveillance, toute bienfaisance est un superflu dont il est loisible de se dispenser? Très formellement obligatoire est la volonté de faire du bien. Mais jusqu'à quel point, dans quelle mesure, de quelle manière, sous quelle forme, voilà ce qui n'est point fixé, et c'est à chacun de le déterminer.

Quand nous voyons ce qu'est le bien et ce que

1. Critique de la raison pratique, I, i, ch. m. Des mobile» dl U raison pure praliqae, trad. Baroi, p. 263.

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nous sommes, ce qu'il vaut et ce que nous faisons, le peu qu'il exige et le peu que nous lui donnons, cette vue ne nous jette pas dans Torgueil, elle nous inspire plutôt une profonde humilité qu'augmente encore cette divine condescendance à notre égard, cette façon gracieuse d*en agir avec nous. Non, tout n'est pas strictement exigé, tout n'est pas minutieusement réglé. Nous n'exécutons pas une consigne. Il y a des barrières fixes, et puis il y a une carrière ouverte devant nous, et il s'agit d'avancer, d'avancer toujours, selon nos forces, selon nos moyens. Il y a quelque chose à faire dont la mesure n'est pas fixée, dont la coupe n'est pas imposée; il y a quelque chose à trouver, à in^-^iîter, des formes inédites du bien, des idées qu'on n'a pas eues encore, des créations presque de l'esprit amoureux du bien, et que cela est digne de l'excellence de Dieu, digne aussi de l'excellence de la personne morale ! Si cela rassure parce qu'on voit qu'il n'est pas demandé trop à la faiblesse, cela anime aussi, porte à faire des efforts, stimule la générosité, et de ce que dans la pratique du bien quelque liberté nous est laissée, il n'y a pas à craindre qu'une âme un peu bien située en con-

due qu'il faille faire le moins possible et être vertueux au rabais. La règle de ce qui est indéterminé est indéterminée aussi, disait déjà A.ristote, et très bien*; c'est chaque homme de bien, chacun et sa vertu, qui est règle et mesure, disait-il encore*; mais précisément la vertu est excellence, elle est sommet et cime' : qui en a l'esprit, tend au souverain degré, et dans cet ordre on ne s'arrête pas, on ne va jamais assez loin, il n*y a pas d'excès à redouter : l'excès est supériorité, hauteur, éminence, il est bon; il n'y & qu'à aller toujours à l'infini*. Et voici que saint Bernard fait écho au philosophe grec, et parlant mieux encore, il s'écrie : La mesure d'aimer Dieu, c'est d'aimer sans mesure. Modus diiigendif siKe modo diligere*.

Il suit de tout cela que la forme de la vie va-

1. Eth. NiCy V, 1137«33. Toû rip dopbTou dtàpicrcoç xal 6 Kavûv loTiv.

2. Eth. Nie, III. 1113a33 : t) (TicouSaloc.. x(^ xb àXrfièi: èv ixisTO'.; ôpqtv, ûoTîep xavwv xal [A^Tpov aÛTÔiv wv. — X, ilTC^lS. kai esTiv éxatuTou [xérpov f, ipex^ xal ô àyaQôç f, tocoûtoç.

3. Et/i. Nie, II, 1107*1 : Katà Si xà ipicrxov xal xb «ù (f, ipsx\\

A. PoL, IV (VU), I, 1323«25 et 1323b.

5. Saint Bernard, De diligendo Deo, I, i : u Caiiga diligendi DesiD, Deui est; modus, sioe modo diligere. »

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riera avec les circonstances. Celles-ci sont de deux sortes : car il y a ce que nous trouvons tout fait, et il y a ce qui d'une certaine manière dépend de nous.

Ce que nous trouvons tout fait, c'est notre nature, notre tempérament, nos aptitudes, les goûts et les répugnances que nous apportons en nais» sant, nos talents, en un mot tout ce que nous avons et que nous sommes par le fait de notre naissance, ce que nous sommes physiologiquement, psychologiquement, et socialement aussi, notre condition sociale avec tout ce qui en est la suite.

Tout cela supposé, il y a ce que nous devenons par Tusage même de la vie, et à de certaines heures, par un choix proprement dit, par un choix délibéré et explicite, par le choix d'un état de vie : un état de vie, le mot est juste, car c'est bien une façon de se tenir et de se constituer, de s'établir, une attitude qui se fixe, une façon d'être et de rester.

Ainsi notre état, c'est ce que nous sommes, une façon d'être, et plus déterminément, dans un détail plus précis, une façon d'employer nos facultés, nos ressources naturelles et acquises, d'appliquer notre esprit, notre corps, tout notre

Hre ; par suite, un ensemble d'actions, de mouvements, d'opérations appropriées à une certaine fin déterminée, aune fonction sociale aussi et, par cela même, finalement à un certain rôle dans le monde *.

Disons donc maintenant : La forme de la vie variera avec l'état, et il y aura des devoirs d'état, des vertus d'état.

Mais l'état, à son tour, dépendra en partie de notre choix. C'est dire qu'il aura dans les dispositions propres de la personne, dans le tour d'esprit et d'âme, dans l'originalité individuelle et singulière (je prends le mot au sens latin), son principe et sa raison. Et ce sera une chose importante que le choix de l'état, ce sera un devoir de préparer ce choix pour le faire d'une façon éclairée et consciencieuse, se souvenant que ce n'est pas tout arbitraire, et qu'il faut se mettre à même de démêler les raisons du choix, lesquelles résident dans ce que nous sommes par nature et par situation, dans ce que nous pouvons et devons être, dans ce que nous sommes appelés à être. Appelés, c'est le mot; car une certaine dis-

1. C'est le lieu de rappeler le sermon de Bourdalouc sur l'Êiat de vie et le soin de s'y perfectionner, 10« dimanche après la Peatfcôte.

position précise et vive de Tâme est un appel; c'est le mot surtout si nous rappelons que le chef des esprits c'est Dieu, auteur de l'ordre moral et de la nature. Quoi d'étrange qu'à chaque personne morale il ait assigné sa partie à faire dans le concert universel ? Ne craignons pas de parler de vocation^ et disons que c'est un devoir de travailler à reconnaître sa vocation, et un devoir, quand elle est reconnue, de la suivre. Clairvoyance et courage : c'est bien digne de l'homme.

Mais quoi ! L'homme ne va-t-il pas être comme morcelé? Chaque personne morale, dans la conception de la vie que nous venons d'exposer, ne sera-t-elle pas incomplète en soi? Ne supposonsnous pas une division à l'infini de la vertu hu~ maine, analogue à la division du travail dans la société, et l'effet n'en sera-t-il pas de confiner chaque être humain dans une spécialité? Que devient alors ce que nous avons tant recommandé au cours de ces études, la nécessité pour l'homme et le devoir d'être complet, de ne pas laisser quelque chose en lui s'atrophier, d'éviter aussi toute hypertrophie, de vivre enfin d'une vie totale, vraiment humaine?

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L'oi3jection vaut la peine d'être considérée.

Je réponds d'abord. Tout homme ne peut pas être actuellement complet. La faiblesse de la nature humaine, d'une part, et Tordre du monde, d'autre part, empêchent un développement total de tous. Non omnia possumus omnes. Non omnis fert omnia tellus.

Mais il y a une culture humaine qui précède toute application spéciale. Il s'agit pour tous et pour chacun d'agir en homme ; et il y a des préoccupations humaines, des vues, des sentiments que Ton peut et doit avoir et porter partout. Dans Tordre des choses morales, il y a une façon d'être complet, haut, universel, que je vais essayer d'expliquer. La vue morale proprement dite, celle du devoir, celle du bien, est, de soi, universelle. Puis, précisons : il y a, en s'appliquant à telle forme spéciale du bien, une façon d'acquiescer à tout le bien : on aime le bien que Ton n'a pas à faire, on est prêt à le faire dans l'occasion. Tout entier à ce que Ton fait, pour le "bien faire, âge qiiod agis, on n'exclut pas néanmoins ce que Ton ne fait pas, ce que Ton n'a pas à faire, on ne prétend pas qu'il n'y ait de bon que ce que Ton fait. AJnsi Ton travaille dans sa sphère

propre, et l'on ne supprime pas les autres sphères : on a comme une vue implicite du bien qui s'y fait, et l'on adhère à ce bien. On a une bonne volonté généreuse et ouverte.

Tout homme qui aime le bien de tout son cœur a cette largeur d'âme. Mais la tendance contraire existe, et il est très aisé de s'y laisser aller. Il faut lutter contre elle pour tenir son âme audessus de l'ouvrage spécial auquel on s'applique. Je ne dis pas que la largeur d'esprit soit proprement un devoir, mais je dis que la largeur d'âme est tout près d'en être un, même qu'elle en est un : car, d'une part, elle se confond presque avec la simplicité, ce qui la met à la portée de tous, et, d'autre part, c'est, pour certains hommes, dans certains états, quand on a une suffisante culture, un devoir d'élargir son âme et son intelligence.

Les simples sont larges et complets d'une manière admirable. Ils ont l'air souvent d'être enfermés dans un très étroit horizon. Sans effort, sans raisonnement, sans discours, sans science, par le cœur, par l'âme, par la vertu, mieux encore, par la sainteté^ par l'union au bien, à l'universel, à l'infini, à Dieu, ils ont des intuitions merveilleuses. Je l'ai dit, je le redis encore :

le Pater ^ récité naïvement, mais avec toute l'âme, embrasse tout : Dieu et l'humanité, le ciel et la terre, Tavenir et le présent, les espérances éternelles et les misères de cette vie, les intérêts de Dieu, si je puis ainsi parler, et les nôtres, ceux de chacun, ceux de tous.

Saint François d'Assise renonce à tout. 11 a un genre de vie bien particulier, étrange. Le voilà mis comme les plus pauvres parmi les pauvres. Il va, avec sa robe de bure, les pieds nus. Personne n'a l'esprit moins étroit, moins exclusif, l'âme plus ouverte.. Il aime la nature, cet ascète, et de quelle façon profonde, naïve, charmante! Il est bon, compatissant, tendre. Il ramène la paix dans les cités. Il exerce une influence sociale. Il inspirera les arts. Lui-même il est poète : des hymnes inspirés s'échappent de ses lèvres, et lui et les siens les chantent avec enthousiasme. Remarquable, éclatant exemple du caractère large et compréhensif de l'amour du bien, surtout de la sainteté. Rien de moins étroit, de moins exclusif. Des gens vertueux ont une vertu étroite. Les saints ne sont pas étroits, parce qu'ils ont quelque chose du cœur de Dieu. Là oii les idées seraient en défaut, l'âme y suppléerait. La simplicité

402 CHAPITRE XIVIII.

du cœur a une puissance, une portée universelle. Il y a de cela une raison métaphysique. Les simples, les vraiment simples savent trouver le point simple, qui est d'une certaine manière un et tout, qui contient éminemment toutes choses. C'est le caractère de ce qui est métaphysiquement un, de contenir dans sa riche simplicité une infinité de choses. Et ce qui est absolument un, simple, est le principe de tout. La simplicité est, non pas exclusion, mais fécondité. Je dis : Dieu est un. Cela veut dire : qui donc est comme Dieu? Quis ut Deus? Personne. Dieu est un être incomparable, unique, étant l'Être par excellence. Mais cela veut dire aussi que toute chose a en Dieu son principe. Ce n'est pas assez. Il faut dire que Dieu, infiniment supérieur à tout, est ce en quoi tout a son principe et sa raison d'être et sa fin. Il y a une image de cela dans le discours. Quand le point simple est trouvé, est-ce que le point fécond n'est pas trouvé aussi? Quand l'idée principale et maîtresse a paru, est-ce qu'elle ne devient pas le principe et la source de tout le reste? Une foule de détails non reliés entre eux ni à une idée première, ce n'est pas fécondité, ce n'est pas richesse : le discours ne se fait pas,

Torganism^ vivant ne se forme pas. Le point simple trouvé, ce n*est pas exclusion des détails. Tout au contraire. Les voilà qui arrivent, se rangent. La simplicité vraie est riche, est féconde. tVinsi dans l'ordre moral, ainsi, et davantage encore et mieux, dans l'ordre de la sainteté. Deus meus et omnia. Avec Dieu, en Dieu vous avec tout : non pas seulement pour vous passer de tout, s'il le faut, mais pour retrouver tout en dominant tout, pour vous faire tout à tous, pour égaler à l'universalité des choses et à l'infini de Dieu, si c'était possible, votre pensée, votre amour, et, s'il le faut, votre action.

Pour nous, qui sommes des savants, des critiques, des philosophes, des gens qui prétendent penser, il y a un devoir précis. Je l'ai annoncé, j'y arrive. Après avoir traversé l'analyse, il faut que, semblables aux habiles dont parle Pascal, nous revenions à ce qu'admet le peuple. Il nous faut une simplicité acquise, savante, c'est la rançon de nos raffinements d'esprit qu'il nous faille peiner pour redevenir simples. Il le faut redevenir. Sans quoi, nous n'aurons aucune vraie largeur d'esprit ni surtout d'âme. A force d'exphquer, nous risquons de compliquer. Simpli-

iOi CHAPITRE IXVIU.

fions, tâchons de simplifier. L'explication doit ramener au simple, mais au simple pénétré par la pensée savante. Comprendre, c'est bien. On y arrive. De notre temps, on comprend chaque jour plus et mieux. C'est bien. On comprend les choses d'un autre âge. Magnifique progrès. Mais cette intelligence qui va jusqu'à la sympathie est multiplicité encore et peut devenir confusion. Il faudrait, à force d'intelligence, revenir à la simplicité vraie, celle des éléments vraiment primitifs, celle des principes surtout, des vrais principes, des principes primordiaux. On l'aura, cette simplicité, si, en chaque ordre de choses données, on «ait saisir et tenir les idées simples, primitives, naïves; si, entrevoyant les principes simples, vraiment premiers, vivants, on ne les fuit pas comme trop simples, on ne leur tourne pas le dos, ou on ne les laisse pas se perdre sous le flot des pensées compliquées et compliquantes ; il faut, pour les tenir et s'y tenir, ces principes, ne pas se borner à la pensée pure, à l'idée abstraite, mais aller à la réalité vivante ; il faut, à force de savoir, vivre d'une vie plus intense, plus profonde, plus complète, en ce sens que l'on tient les pacines et les semences de tout, ou que l'on est

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