‹ Le prix de la vieChapitre 14 sur 108 · LES OPINIONS CONTEMPORAINES · texte numérisé non relu

LES OPINIONS CONTEMPORAINES

aux hypothèses de foi et d'espérance, coudinou nécessaire d'un véritable optimisme qui, en philo»sophie de même qu'en religion, doit prendre poui sujet, non le tout seulement, mais l'individu et, essentiellement, la personne, le salut de la personne^. y) Paroles très considérables, que l'importance constante de la personne et de la moralité aux yeux de M. Renouvier prépare sans doute et met en harmonie avec son système, mais oii éclate néanmoins un souci de la vie bien moins sensible dans ses autres ouvrages, un souci de la vie assez grand pour émouvoir, en quelque sorte, ce rigoureux esprit et l'incliner, à cause du salut de la personne^ vers des hypothèses de foi et d'espoir. Et il venait, dans les lignes immédiatement précédentes, de signaler, à propos du bouddhisme, comme ayant une heureuse signification, l'aveu — « la tradition chrétienne aidant, avec rhistoire de l'homme, — l'aveu du péché inhérent à l'esprit et à la chair de l'humanité. »

Les préoccupations, les déclarations proprement morales avec une certaine nuance religieuse per-

1. LMnn^<»;)Af7o.top/»t7Me, troisième année, 1892 (Alrgn, 1893). Srf'opev/iauer et la Mélaphysique du Pessimisnie^ i la fin. Le» italiques soot de M. Renuuvier.

iV CHAPITHB III.

sistent donc, malgré tout, non seulement chez ceux « qui ne font pas profession de philosophie et qui n'en traitent nulle part méthodiquement et en détail* », mais chez des philosophes proprement dits, et à la tête particulièrement puissante.

Il reste pourtant un mot à dire au sujet de la vie, un mot que ne disent ni l'Art, ni la Science, ni la Critique, ni aucune philosophie en procédant ou les amalgamant, ni le positivisme, ni le pessimisme, ni ce néo-spinozisme que nous signalions tout à l'heure, ni même la philosophie de la souffrance humaine et de la pitié, ni enfin, malgré son austérité morale, le néo-criticisme. C'est un mot vieilli, démodé, suranné, malsonnant aux oreilles contemporaines. Quelques penseurs le prononcent encore. Il se perd la plupart du temps au milieu du bruit que font tant d'autres mots plus neufs ou paraissant l'être. C'est le mol de dépendance. Il y a des esprits qui estiment que la vie humaine ne se conçoit pas et qu'il n'y en a pas de Qirection possible si l'on n'admet pas la

\. Très heureuse expression de M. Ravaisson dans ce célèbre Rapport dont on sait rinfliience. M. Ravaisson les applique i Renan. Elles conviendraient bien à beaucoup d'esprits de nos jours, en particulier au comte Tolstoï et' ii M. Edouard Rod.

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it'p^'iidarice de l'homme à l'égard de la loi morale. Le né(»-<Titicisme proclame la loi morale; mais, font enièté de liberté, si je puis dire, il insiste volontiers sur Tautonomie de la loi morale, et, ne v(Milant rien d'absolu ni de transcendant, il ne la considère pas comme mettant l'homme dans la dépendance à l'égard de quelque chose de supérieur à lui. Pour les philosophes dont je parle en ce moment, c'est, au contraire, cette dépendance qui seule explique la vie, qui seule nous fournit un principe de direction.

Quelques-uns osent davantage : ils définissent, d'une manière plus précise et surtout plus concrète, la dépendance de l'homme, et ils disent que ce qui explique en définitive la vie et permet de la régler, c'est l'idée de la dépendance de l'homme à l'égard de Dieu.

M. Secrétan parle d'une « tâche proposée à la liberté* », et il ajoute : « Il faut que la créature se fonde à la fois en elle-même et en Dieu, qu'elle se recueille en voulant Dieu, c'est-à-dire qu'elle se veuille pour Dieu, qu'elle aime Dieu*. »

1 f a Philo.oophie de la liberté, l'Idée, proposition xvri. datti

la Icrno XX.

%. Ibid., propos. XVIII. dans U même leçon XX.

3« CHAPITRE m.

Un jeune philosophe, dans un 1res remarquable livre tout récent, écrit : « Au terme, vite atteint, de ce qui est fini, dè« la première réflexion, nous voki donc en présence de ce que le phénomène et le néant recèlent et manifestent également, en face de qui l'on ne peut jamais parler de mémoire comme d'un étranger ou d'un abs«nt, devant celui qu*en toutes les langues et en toutes les consciences il y a une parole et un sentiment pour reconnaître. Dieu*. » Et plus loin nous lisons : « L'homme aspire à faire le dieu : être dieu sans Dieu et contre Dieu, être dieu par Dieu et avec Dieu, c'est le dilemme*. » Et enfin : « Le devoir n'est le devoir que dans la mesure oii, d'intention, Ton y obéit à un commandement divin*. »

Il y a donc encore des philosophes pour parler de la dépendance de l'homme à l'égard de Dieu, et ce ne sont pas seulement des sortes de revenants, des hommes dont on pourrait dire qu'étant d'un autre temps, ils sont incapables d'avoir prise sur le nôtrQ. Ce sont de vigoureux esprits, des hommes auxquels les hautes ou profondes spécu-

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