‹ Le prix de la vieChapitre 18 sur 108 · LE SÉRIBUI DB LA VIS · texte numérisé non relu

LE SÉRIBUI DB LA VIS

a affaire à des ennemis. Il faut se défendre, il faut lutter pour vivre. La lutte pour la vie^ c'est ane des conditions de la vie. J'emploie ici ces mots sans faire de système ; je n'y vois que Texpression d'un fait, d'un fait certain : de toutes sortes de manières, il y a à lutter pour vivre. Là théorie que nous examinons désarme l'homme. Ne lui parlant que de voir, de comprendre, de jouir, elle le laisse aux prises avec les difficultés de la vie sans l'y préparer. Cela est grave.

Il y a plus. La vie dût-elle être toujours facile et unie, cette formule serait encore défectueuse. Considérons l'homme même, elle le désagrège, si je puis dire, et le détruit de toutes les façons. L'état qu'elle préconise est un état morbide.

Je sais bien ce qu'on va me dire : Pour qui étudie les êtres en savant, li n'y a pas de maladie au sens vulgaire ; il y a des états, et d'autres états, tous diversement mais également intére» sants. Je ne m'arrêterai pas à discuter cette assertion. D'un certain point de vue a-t-elle quelque valeur? Au début de cette étude, nous ne sommes pas en mesure de prononcer. Mais, ce qui est visible dès maintenant et certain, c'est :;ue chaque être a der conditions d'existence

qu'il remplit ou ne remplit pas, qu'il y a des conditions nécessaires et suffisantes pour être^ et puis, au delà du nécessaire et du suffisant strict, ce qui est requis pour être bien; et que cela peut se rencontrer réuni ou manquer plus ou moins.j

Ce sont là des notions simples, saines, qu'il faut conserver. Je ne vois aucune raison pour m*en défaire ; je ne trouve aucune théorie qui les démente manifestement et me force à les écarter.

Dès lors, vous reconnaîtrez l'état morbide à ce signe que l'être se détruit ou par défaut, ou par excès.

Si ce qui est strictement exigé pour être manque, l'être n'est plus, et à mesure que ce qu'il lui faut pour être lui est ôté, il se diminue lui-même et se détruit.

Si ce qui est requis pour l'excellence, si ce que l'être comporte, appelle, mais qui, lui manquant, ne l'empêche néanmoins pas d'être, ne lui est pas donné ou lui est ôté, il est dans un état de moindre perfection, il est privé de sa Heuf de beauté. Ce n'est pas maladie ni pente vers la mort, mais c'est décadence pourtant s'il a connu

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l'état supérieur, c'est du moins infériorité, puisque c'est demeurer au-dessous de l'idéal de sa nature.

Si l'être sort de ses limites propres, s'il s'étend, se dilate, s'exalte outre mesure, à la façon de l'organe atteint d'hypertrophie, c'est manifestement un excès, et un excès qui rend l'être mauvais de bon qu'il était, c'est un excès morbide.

Le dilettantisme détruit l'homme. Il le rend malade, et par défaut, et par excès. Il lui ôte tout ressort et énerve en lui la volonté. Il produit une véritable atrophie. Il tend aussi à détruire ce que dans l'homme il exalte : la sensibilité, qu'il rend suraiguë, qu'il affine à l'excès, qu'il fausse, en sorte que le plaisir devient peine et la peine plaisir; l'intelligence, qu'il dissout par l'habitude de l'analyse à outrance, qu'il abîme dans les objets de son inerte contemplalion, et qu'il finit par rendre incapable de saisir ces mêmes objets, la condamnant, par l'excès même d'une précision aiguë, au vague et à une confusion sans remède.

Voilà donc ce que fait de l'homme la théorie que nous discutons. Elle méconnaît la condition humaine en oubliant la lutte pour la vie. Elle

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DieriMiiiaîl la tiaUire humaine, car elle contrarie la direction naturelle des facultés humaines; elle en troul)le l'équilibre naturel; elle tend à \e> détruire toutes, par atrophie ou par hypertrophie. Elle fait d'un état morbide l'idéal humain, et, finalement, elle détruirait, si elle pouvait se réaliser entièrement dans les faits, la vie même qu'elle aspire à multiplier et à exalter.

Ne commençons-nous pas à voir que la première leçon que nous donne la vie interrogée sans parti pris, c'est qu'elle est chose sérieuse, et que pour vivre vraiment, il faut précisément ^/ prendre la vie au sérieux?

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