LA SCIENCE ET LA VIE
et saine du savant, que sa science même a guéri de toutes ces maladies intellectuelles et qu'elle rend maître de lui et des choses, en un certain sens, parce qu'elle lui livre en partie le secret de la Nature ?
Voilà donc que se produit, sous l'influence de la science révélatrice de la loi universelle et dominatrice de l'univers, une belle et noble conception de la vie, vraiment aristocratique, mais sans morgue, faite pour quelques-uns seulement, pour les savants et les sages, interdite au vulgaire que d'ailleurs les savants et les sages ne blâment ni ne condamnent. Le plaignent-ils? Oui, par sympathie naturelle, mais sans se troubler. Lui veulent-ils du bien? Oui, par sympathie naturelle encore, mais sans se donner pour l'élever à eux une peine inutile. C'est la science qui est leur unique souci, leur unique objet. Pour elle ils travaillent, pour elle ils se donnent du mal. Que ne feraient-ils pas afin d'acquérir une notion exacte, une idée juste, et d'ajouter aux vérités connues une vérité? La vie est donc chose sérieuse à leurs yeux; on y a une tâche à remplir, une œuvre à faire : celle de comprendre 'es lois de l'univers, si Ton peut. Quand on est
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de ceux à qui ce travail est possible, on s'y dévoue corps et âme. C'est la grande affaire de la vie. C'en est l'honneur, c'en est la joie. C'est ce qui l'ennoblit, c'est ce qui fait qu'elle vaut la peine de vivre. On n'est pas un dilettante, on ne passe pas en ce monde en oisif, en connaisseur, en amateur stérile. Loin de là. On est un savant, ce qui est tout autre chose. On travaille pour connaître. C'est une occupation laborieuse où l'on s'use. Encore une fois, c'est là le beau de la vie que de faire cette œuvre vraiment humaine, œuvre de savant qui observe, qui , comprend, qui ne se lasse pas d'observer et de chercher à comprendre. Elre de ceux qui ont ce lot, c'est un rare bonheur. Peut-on espérer qu'avec le tempSç le nombre de ceux qui entreront en partage de cet incomparable bien ira croissant? Sans aucun doute, crient quelques-uns. La science transformera le monde et, par elle, l'humanité aura enfin son âge d'or. Mais les plus savants ont moins de confiance. La «cience même leur apprend qu'il y a au sein de l'humanité tant d'autres éléments que la science étudie, mais qui ne sont pas réductibles à la science, en ce sens du moins qu'ils seraient eux-mêmes de la^