‹ Le prix de la vieChapitre 36 sur 108 · Esquuie dune morale san* nMioalion, p. 2i · texte numérisé non relu

Esquuie dune morale san* nMioalion, p. 2i

Ot filiPITRE Xll.

pansion qui, combinée avec une certaine théorie du risque, autorisée elle-même par certaines observations psychologiques, explique le dévouement et même le sacrifice définitif. Là encore, les origines primitives disparaissent avec le temps, et l'on croit avoir affaire à un sentiment sui generis, à une idée simple et irréductible, où Ton trouve le caractère de la transcendance avec un prestige mystérieux et une autorité mystique.

Voilà donc la tentative faite pour remplacer Tobligation morale et ses corollaires par des équivalents ou des substituts. Examinons de près cet essai.

Je m'attache à Tobligation. C'est le fait capital. Sans l'obligation, le dévouement même ne serait rien. J'entends par là qu'il n'aurait plus rien de moral. Le dévouement, dans telle ou telle circonstance donnée, n'est pas strictement obligatoire, sans doute, et nous aurons occasion d'expliquer cela; mais, que l'obligation soit ôtée, que rien ne soit jamais obligatoire, aussitôt, et par cela même, se dévouer n'est plus acte moral, mais passion, passion dévorante, si je puis dire. Or, si l'obligation s'explique par « la pression de la vie qui demande à s'exercer 9 , dl-

RSSAI D'DNE MORALE SANS OBLIGATION- 133

sons même a à se donner* », elle n'est plus. C'est un besoin, c'est un instinct. Ce n'est plus l'obligation. Dire: je dois faire, c'est dire: je suis disposé à faire, prêt à faire, sur le point de faire, c'est le grec (xAXa) , c'est ajouter que ce que je vais faire, je puis le faire, et qu'une naturelle tendance m'y porte. Est-ce là ce que nous entendons par devoir ? Non. Vos éouivalents ou vos substituts ne réussissent pas. Vous avez mis en lumière un besoin qui expliquera la passion. Vous n'avez rien trouvé qui contienne, même en germe, l'obligation ou le devoir au sens moral du mot.

Puis, que faites-vous, dans votre théorie, du caractère répressif de la loi morale? Sans doute, c'est une erreur que de ne voir que ce caractère-là ; mais ce n'est pas une erreur moindre de le méconnaître. Si la loi morale a souvent un caractère impulsif, s'il est vrai qu'elle n'est pas toujours comparable à une barrière devant laquelle nous avons à nous arrêter, si elle ouvre devant notre activité une carrière oii nous devons entrer et avancer, cesse-t-il donc d'être vrai

1. Esquisse d'une morale sans obligation, passim, mail «ur lout 1. !•', cb. IV, et I. IV, ch. a (Conrlusioû).

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néanmoins que nous avons des penchants contraires à la loi morale ? Or, que Tobligation ne soit que la pression de la vie, demandant à s'exercer, où prendrons-nous de quoi résister à ces penchants? C'est un fait, qu'entre la loi morale et nos désirs, il y a souvent conflit. Quelque chose en nous s'élève et bouillonne, si je puis dire, à quoi s'oppose la loi morale et qu'elle contrarie. Comment une obligation comme celle qu'imagine la théorie en question rendra-t-elle compte du conflit?

C'est ne rien comprendre à la moralité humaine que de n'y voir que l'expression des tendances naturelles. Pour agir moralement, il y a autre chose à faire qu'à suivre des pentes ou qu'à ouvrir des écluses. Il y a à se contenir, à se retenir. Et même quand l'action morale est conforme à une inclination naturelle, ce n'est pas comme telle qu'elle est morale. Elle tire d'ailleurs ce caractère. Tous les moralistes ont distingué, par exemple, entre la bienfaisance ou la douceur par tempérament et la bienfaisance ou la douceur par vertu. Ce n'est pas assurément que la difficulté vaincue fasse la valeur morale. Si la bonté par vertu a qualité morale,

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