X PRÉFACE
comme disait Descartes, par delà l'homme avec le sentiment et la raison, avec les sciences, les arts, l'expérience des siècles, il y a encore ce que le même Descartes appelle « une merveille, à savoir l'Homme- Dieu », il faut déployer aussi et employer cette autre ressource, cette ressource divine apportée à l'humanité. En méconnût-on l'origine surhumaine, il faudrait du moins reconnaître l'importance de la conviction que cet ordre suruaturel existe et tenir compte des etfets qu'une telle conviction a produits et continue de produire. C'est une façon de penser et de philosopher très mesquine et très étroite que <le réduire l'homme aux sens, ou au sentiment, ou à la pure raison, que de tout ramener à l'industrie ou à l'art, ou à la science, que de ne considérer dans l'histoire que les seules actions militaires, ou les seules combinaisons politiques, ou les seuls problèmes économiques, ou même les seuls conflits d'idées. C'est uue autre mesquinerie et une autre étroitesse de supprimer la sphère religieuse et de traiter de l'homme et des choses humaines comme si le christianisme n'existait pas. Ritter a remarqué, dans son Histoire de la philosophie, que « nous portons en nous beaucoup de choses qui ne sont dues qu'au christianisme et qui, devenues en nous une seconde nature, ne nous semblent point être l'elfet du christianisme, mais celui de la nature humaine universelle ». On a beau dire et l'on a beau faire, il y a du christianisme dans toutes les veines de l'homme moderne, aujourd'hui et en France particulièrement, et c'est pour cela que la plus grosse question qui s'agite autour de nous, et je pourrais dire en nous, est la question religieuse. L'objet de ce grand débat c'est, au fond, de savoir si ce christianisme latent, persistant, est un venin qu'il faut expulser, ou un principe de vie qui peut tout ranimer et faire refleurir. C'est donc la plus vaine des choses que de vouloir qu'un homme qui pense fasse abstraction et de la questiou et de la solution. Demander à un philosophe attentif aux vérités moi aies de ne jamais regarder du côté du christianisme, c'est le con-