PRÉFACE XI
damner à une arbitraire et dangereuse relégation. Et, 3'il a la conviction q\ie le christianisme est vrai et fécond, «demander à ce même philosophe de s'en taire sous prétexte de méthode, c'est le condamner à une coupable mutiUlion. E>t-ce à dire qu'il fadle tout mêler? Non pas, car Ijut mêler, c'est tout brouiller. Est-ce à dire qu'il taille à tout propos faire intervenir le christianisme et la théologie ? Non pas, car chaque science a son domaine propre, et doit s'y alfermer suivant ses principes propres et sa méthode propre, et en poursuivre, en achever, si c'est possible l'entière conquête ; mais l'homme, l'homme qui pense s'il a une façon de penser large et haute, cet homme relie et domine ces domaines divers, et dans chacun il demeure ce qu'il est, entier, homme complet et, si c'est un chrétien, chrétien complet. J'ajouterai que chaque science même s'étiolerait, dépérirait, si aucune communication n'existait enlre les diverses parties de la connaissance humaine ; et la philosophie plus siîrement que tout le reste, puisque la philosophie est essentiellement synthèse supérieure ou n'est rien qu'une sorte de redite en autre style des sciences particulières. En tout cas, se séparer d'une partie de soi-même pour penser, et séparer des choses unies dans la réelle complexité des faits, du passé historique et des questions actuelles, c'est un procédé dont l'habitude de compartiments convenus dans des programmes d'enseignement peut seul voiler le vice radical. D'une part, comme disait en 1857 Charles Secrétan*, « le philosophe devient chrétien sans abdiquer, lorsqu'au lieu de tergiverser, il a regardé le christianisme en face, comme un lait historique dont la philosophie de l'histoire est tenue de rendre compte, et qu'il s'est convaincu qu'une intervention directe de Dieu dans l'histoire est la seule raison suffisante de ce phénomène. » Et, d'autre part, une fois le christianisme admis, une • séparation absolue entre la philosophie et la religion » est, selon la