‹ Le prix de la vieChapitre 46 sur 108 · LES MISERES DB LA VIE · texte numérisé non relu

LES MISERES DB LA VIE

égoïsme invétéré ou une étrange légèreté d'âme pour ne pas s*en émouvoir. L'organisation de la société est, à bien des égards, vicieuse. Considérons le travail, la richesse, le capital, les salaires, etc. : partout des défauts choquants, et des désordres inhérents, ce semble, à la constitution même des choses, et des souffrances, des souffrances d'hommes, profondes, cruelles souvent, persistantes, qui semblent sans remède. Songeons-nous à ce que, dans certaines classes inférieures, il y a de misérable? l'existence précaire, la vie débile, sans cesse menacée par la maladie, par la faiblesse native, par les circonstances contraires; les privations, le travail rude, le manque de travail, l'insuffisance du salaire, les angoisses journalières, et avec cela, souvent, l'abrutissement : la bête humaine qui se déchaîne, prête à devenir bête de proie, objet de mépris, tant il y a là d'abaissement! objet d'horreur, tant il y a là de furie! objet de pitié, puisque cet animal immonde et farouche c'était pourtant et c'est encore un homme.

Enfin il y a une misère que l'on pressent dans lout ce que je viens de dii^e, mais que je n'ai pas cnri)r« regardée en elle-même ni nommée de

171 CHAPITRE IIV.

.son nom : c'est la violation de la loi morale. La volonté se révolte contre la loi et elle lui dit : Non. A la raison dont cette loi est l'expression, au bien, à Dieu elle oppose une parole de négation, de suppression, si je puis dire : elle souhaite, elle veut, elle tâche que ce qui est et est excellemment digne d'être ne soit pas, et elle emploie à cette œuvre de néant ce qu'elle a d'énergie. Voilà le mal par excellence. On n'en tient plus compte comme il faut. On n'ose pas le nommer par son nom. On l'atténue, on le dissimule. Regardons-le en face, et disons qu'il est essentiellement et foncièrement le mal. Disons que ce n'est plus l'erreur ni l'ignorance, ni le malheur, mais la faute, culpayle^ëûiëy peccatum.

Et, au-dessous du péché grave, que de misères morales encore, vraiment désolantes pour qui sait ce qu'est la vie morale, et combien elle est excellente et précieuse ! Quand on y pense bien, quand on attache sur le spectacle des choses, autour de soi et en soi, un regard pénétrant et prolongé, on est écœuré de ce qu'on y découvre : une vulgarité, une banalité, une insignifiance de presque tous les moments; trop souvent la bassesse, ou du moins la petitesse ; quelque chose de mesquin.

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