Imitation de Jésus-Christ, III, v
faire on aime, il convient de dire que la vie véritable, la vie noble, belle, généreuse, ne va pas sans douleur. Il y a la peine de n'avoir pas ce qu'on aime, la peine de le conquérir, la peine née de la crainte de le perdre, la peine de ne pas aimer assez. Le monde étant ce qu'il est, semé d'obstacles, sous la menace de la mort, comment aimer et ne pas souffrir? Mais que cette souffrance est salutaire ! Elle détache de choses dont aucune n'est suffisante à remplir le cœur. Elle suscite au fond de notre être des énergies ignorées. Sans elle, chacun de nous ne serait jamais qu'un perpétuel enfant. Il faut avoir souffert pour devenir un homme. Je ne dis pas qu'il faut avoir connu les dernières extrémités. Mais, du moins, il faut avoir connu l'obstacle, la contrariété, la déception sur quelque point, et quelque chose aussi des durs labeurs, et les aiguillons du chagrin. Si cela est vrai, commençons-nous à entrevoir le sens de la souffrance? C'est un moyen d'éducation morale. Nous aurons à y revenir. J'ai voulu seulement ici donner une première indication. Il importait de remarquer tout de suite que les notions morales, déconcertées d'abord par la souffrance, permettent de trouver à la souffrance
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même une signification haute, bonne, satisfaisante. Cela rassure et réconforte.
Tu fais rhomme, ô Douleur I oui, rhomme tout entier. Comme le creuset l'or, et la flamme l'acier. •••
Qui ne t'a pas connu ne sait rien d'ici-bas; U foule mollemeni la terre, il n'y vit pas; Comme sur un nuage il flotte sur la vie.
Il n'y sait pas, à l'heure où faiblissent les armes, Retremper ses vertus aux flots brûlants des larmes; Il n'y sait point combattre avec son propre cœur Ce combat douloureux dont gémit le vainqueur, Élever vers le ciel un cri qui le supplie, S'alfcrmir par Teiïort sur son genou qui plie, Et dans ses désespoirs, dont Dieu seul est témoin, S'appuyer sur l'obstacle et s'élancer plus loin M
Voici une autre indication non moins précieuse.
La misère humaine éveille dans l'âme de qui la contemple un sentiment très particulier : la pitié.
Je ne parle pas d'une pitié hautaine, dédaigneuse, méprisante, qui écrase du regard en secourant. Je ne parle pas non plus d'une sensiblerie vaine. Je parle de la pitié cordiale, qui est la vraie. Être à l'abri du mal ei se sentir ému de la misère des autres jusqu'à la partager et k la porter avec eux, c'est très beau et très grand.