‹ Le prix de la vieChapitre 51 sur 108 · I. Lâfjiarlmc. J>><fît/n · texte numérisé non relu

I. Lâfjiarlmc. J>><fît/n

OPTIMISME ET PBSSIMISMB. 203

En face de ce radical optimisme, voici un pessimisme radical. Il y a plus de maux que de biens; et, en détinitivfi, rien n'aboutit, tout est manqué.

L'optiini>me pn^mrttait la satisfaction tinale : le pessimisme s'attend à la désillusion finale. Les choses supérieures ne sont pas, et les biens de la vie ne c(»mptent pas. Que dire donc enfin, sinon que le bien n'est pas?

Je ne puis vouloir ni de cet optimisme ni de ce pessimisme.

Ce partait optimisme insulte au bien, car il le regarde comme mditlérent au mal. C'est un optimisme sans entrailles, coupable même. Ou il méconnaît la réalité de la soutlrance, ou il en prend son parti trop aisément. Il fait (Je même pour le péché. Et, d'ailleurs, le triomphe forcé, fatal du bien ôte au bien même sa sainteté el détruit toute vertu en détruisant la liberté.

D'autre part, ce parfait pessimisme dont noua venons de parler méconnaît le prix de la moralité, en même temps qu'il a le tort d'oublier les biens réels de la vie.

Je rejette donc et cet optimisme et ce pessimisme.

Mais il y a un [u'ssimisme d'une autre sorte :

cegt ct'lui qui implique un certain optMnisme.

Je veux dire que la loi morale y est posée avec son irréfragable autorité, que le bien y est révéré : seulement, on n'a pas confiance dans l'efficacité du bien.

On insiste sur les maux de la vie. Il y un a certain scepticisme qui, par amour et estime de la vérité, insiste sur les erreurs dont l'humaine intelligence est pleine. A chaque doctrine, à chaque idée, à chaque proposition, l'austère et rigoureux censeur vient dire : Non, ce n'est pas la vérité, cela. Si haute, si pure est l'idée qu'il se fait de la vérité I De même le pessimisme dont je parle est sévère pour les biens de la vie. A chacun il dit : Ce n'est pas le bien, cela. Le bien, le vrai bien est rare. Il est inaccessible en général ; un petit nombre seulement, un petit nombre d'élus y atteignent.

Ce pessimisme qui, par respect et amour de la moralité, par respect et amour du bien, juge la vie mauvaise parce que la moralité y est rare et pour ainsi dire nulle, ce pessimisme mérite considération.

Mais, par contre, il y a un optimisme qui recon- Dâît le mal, qui voit la souffrance et le péché, et

leur laisse toute leur réalité, toute leur profondeur. Seulement, il a cette confiance que le bien, en définitive, sait vaincre le mal. Sa formule pourrait être : N'être jamais vaincu par le mal, mais vaincre le mal par le bien, dans le bien. Noli viiici a malo, sed vince in bono maliim^. Mais comment ? Que de difficultés, et que cela est environné de mystère !

Quoi qu'il en soit, c'est en ayant sous les yeui et ce pessimisme et cet optimisme, ainsi définis, que j'essaierai de me rendre compte de ce que vaut la vie.

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