LE BIEN ET LE BONHEUR
il y aurait manque, insuffisance, et ce avec quoi il y a richesse, abondance, en d'autres termes encore, ayant ce que les strictes exigences de sa nature demandent et ce que je ne sais quelle ambition plus haute appelle, un tel être est bon.
N'est-ce pas là une notion très simple, très claire, très certaine? Je ne vois là rien de raffiné ou de subtil, rien d'obscur ou de confus, rien d'indécis ou de vague. Je ne fais que traduire ce que j'ai dans l'esprit, ce que tout le monde a dans l'esprit en disant d'un être qu'il est bon. C'est vrai d'un cheval, d'un chien, d'un animal quelconque ; c'est vrai de l'homme. Ces deux degrés dans le bien sont renfermés dans nos jugements les plus familiers. Je demande brusquement à un homme comment il se porte; il me répond : Je suis bien. Cela veut dire qu*il n'est pas malade, 'et qu'est-ce que Tétat de santé, sinon un état où lout est à sa place, en équilibre, où rien ne manque de ce que requiert la nature; mais n'y a-t-il pas quelque chose de plus? Une vigueur, une souplesse, je ne sais quoi de dispos et d'alerte, une surabondance, une efflorescence de vie qui s'exprime par une fraîcheur, un éclat, une Heur de beauté dans le visage, par une grâce, une élè»
îiO CHAPITRE XVll.
gance, une agilité, si je puis dire, puissante ou charmante dans toute la personne, par un besoin vif d'entreprendre de grandes choses, de dépenser une réserve de forces en des actions ardues, de courir en quelque sorte et de conquérir le monde. N'est-ce pas un bon état encore? assurément, bon et très bon ; mais le bien ici ne désigne plus seulement les strictes exigences de la nature satisfaites, il désigne un surcroît que cette nature comporte, appelle même, sans le requérir comme chose indispensable. La santé, disait Leibniz, es; un milieu, un état moyen, un niveau moyen, Mil tel : tombez au-dessous, c'est la maladie ; montez au-dessus, c'est la beauté, c'est la perfection, c'est l'excellence*.
Maintenant, de deux êtres également développés selon leur essence, quel sera le meilleur?
Ce sera celui dont Tessence sera la plus riche. ' Et j'entends par là qu'en lui il y aura plus à entendre, plus à estimer, plus à aimer ; il y aura plus de ressources, plus d énergies natives, plus de capacités ; et si lui-môme est capable d'entendre, d'aimer, de faire, plus complète, et plus haute,