Opascule allemand sur le Boobeur, Von der Glûckseligkeit
LE BIEN BT LS fiONHELiB SU
et pTas excellente sera sa vie, et d'autant plus que cette noble capacité sera plus ample à son loiir et plus développée. Pour qui sait rélléchir, 'îela est manifeste. Un ver de terre a une organisation merveilleuse ; mais supérieure eât celle du cheval ou du chien ; et l'homme, qui pense et aime, sub specie ssternitatis, dépasse tous les animaux. Il faudrait, pour ne pas voir cela, d'étranges partis pris.
Allons donc jusqu^au bout. La vie, dans l'homme, et dans l'homme pleinement développé, est une vie puissante, noble, belle, excellente. Plus excellente serait la vie d'un être dont la pensée aurait plus d'étendue et de vigueur, la volonté plus de fermeté et d'efficace. Si j'épure, si j'agrandis, si j'exalte ce que je nomme penser, aimer, vouloir, j'arrive à concevoir des êtres d'une noblesse et d'une beauté croissante : la vie y est sans cesse plus pleine, plus harmonieuse, plus haute. Il y a, par delà tout le reste, à urui distance que rien ne peut combler, la Vie, non pas seulement plus complète que les autres, mais complète en soi, absolument, Vie parfaite, pleine, sans comparaison, au sens absolument positif, rien ne lui manquant, rien en
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elle n'étant à souhaiter «t à attendra, Vie louverainement et parfaitement vie, toute consciente, toute aimante, toute agissante. Celle-là est pleinement bonne; celle-là est excellente. Et, parce qu'elle est l'abondance même, sans aucune nécessité, sans aucun besoin, sans aucun intérêt propre d'aucune sorte, par pure bonté, elle se communique : bonum diffusivum sui. En sorte qu'étant le Bien, elle veut du bien, elle fait du bien, et si elle ne trouve rien d'autre qu'ellemême où elle puisse répandre ses dons, elle fait, par le premier des dons, des êtres oii s'exprime, à des degrés divers, le bien dont elle a la plénitude. Voilà l'idée de la Vie, au sens plein et absolu du mot, et la Vie et le Bien ne font qu'un.
Il y a donc deux aspects du bien. Pour chaque être pris à part, le bien est perfection : l'être est bon quand il s'accomplit et s'achève, remplissant son idée, parvenant à sa fin : perfectus, perfectio. Dans la série des êtres, le bien est, excellence : un être meilleur qu'un autre est un être plus éminent, un être qui a plus et est plus, un être % qui répond à une idée plus riche et plus haute, et dont la fin aussi est plus relevée.
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n suit de là que le Bien suprême est souveraine Perfection, non qu'il se soit comme réalisé par un progrès, mais parce qu*il est d'emblée ce qu'il est et doit être, étant, comme parle l'École, tout Acte et Acte pur, sans rien de virtuel ni de latent ; et il est suprême Excellence, étant incomparablement au-dessus de tout le reste, qui, par rapport à lui, est comme s'il n'était pas.
Enfin le bien, qui est perfection et excellence, est encore bienveillance et bienfaisance : c'est être bon que de vouloir et faire du bien hors de soi ; et ce que cette volonté et cette action produit, c'est précisément quelque chose de bon. Le Bien suprême est suprême Bonté.
Ajoutons encore une autre considération.
H y a diiTérentes manières d'être bon (aux divers sens siisénoncés) : on est bon par /?«ture; on est bon par choix. Or, ce qu'on est par nature, on l'est sans y être soi-même pour rien : la nature est chose reçue. Être bon par choix a une incomparable dignité, parce qu'il y a liberté : ce qu'on est par choix, on l'est parce qu'on l'a soi-même voulu et fait : c'est une façon d'être de soi et par soi ; et là est précisément
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le caractère propre de ce qui est moral. Avec une nature qu'on n'a pas faite, on met en soi, par la moralité, quelque chose d'un aiitre ordre, quelque chose dont cette nature n'est point le principe. Mais au-dessus de la bonté par nature «t de la bouté par choix, il y a ia bonté par essence. C'est celle-là qui a vraiment une suréminente et tout à fait incomparable dignité. Elle est par elle-même, par elle seule. La nature est une donnée qui vient d'ailleurs ; le choix suppose quelque chose qui lui préexiste. Être bon par essence, c'est être ce qu'on est, tout simplement, de soi et par soi, absolument parlant ; et la bonté par choix n'a tant d'excellence que parce qu'elle est, dans un être qui n'est point d'ailleurs par soi, une imparfaite imitation de la Bouté par essence.
Demeurons encore un instant sur ces hauteurs. La Vie pleine, parfaite, excellente, étant bonne en soi, est bonne aussi pour TÉtre même, pour le Vivant parfait et excellent. Il la voit, il la possède, il l'approuve pour ainsi dire sans cesse, et sans cesse l'aime comme elle le mérite: comment n'en jouirait-il pas? Comment l'excei-
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lence vue, possédée, aimée, ne procure rai t-elle pas uûe jouissance excellente elle-iiiêaie ? L'activité souverainement parfaite est, par cela seul, souverainement douce; et si vivre, quand il s'agit d'une vie telle quelle, a sa douceur, comment ^a vie parfaite hp serait-elle point parfaitement agréable ? Le plaisir, c'est le sentiment de la perfection, comme dit Leibniz, voliiptas se^isus perfectionis^ \ et une joie durable et continue, c'est le bonheur ou la félicité*. Le Vivant parfait et excellent et éternel est parfaitement, excellemment , éternellement bienheureux. L'appeler le Parfait ou l'Éternel ou le grand Bienheureux', c'est tout un. Le bien nous apparaît donc encore sous un aspect nouveau : le bien, qui est la perfection et l'excellence, est aussi le bonheur. Ce que nous venons de dire de la Vie excel-
!. Ûeftnitiones Ethicae. Et dans les Nouveaux esxais. II, ixi, S 41 . «• Le plaisir est un sentiment de perfertioo. » — Et daa? l'opuscule Von fier GlUrks'^ltykeil : « Die Lust ist eine Empfindung einer Vollknmineulieil otier Vortrefflirhkeit. »
2. Ue/initioue,s Ethicse. • Félicitas est laetitia durabilis. » — Von fier GlUcksfWjkeit : « Die Glùckseligkeit ist der Stand eioer beslantliKt^D Freude. "
3. oo ^ rapitetle ce beaa frairiDent de Pindare (Fragmeoi 91 Boerk, 11)9 Rerjik) : ixixapa [lifav itiSovr* iv o|jivo'.;. — El. dan» l6 CbnstianisiDe, saint Paul, i Tim., i, 11 : • Evan^elium donap beat! Dei "; VI, 15 : • Beaiu». Rei regum. » — Voy. Bossuet, Efivat. sur Ui »i/tiire$, 1, m, et U, ii.
216 CHAPITRE XYII.
lente est vrai des vies imparfaites et inférieures: là toute perfection, tout progrès même entraîne la jouissance ; tout déploiement d'activité, tout épanouissement de la vie a pour corollaire, pour suite naturelle, le plaisir.
Le bien est double. Il y a le bien en soi, et il y a le bien senti, et celui-ci dépend de celui-là.
Continuons notre étude à la clarté de ces notions.
Voici les vies incomplètes, imparfaites. Toutes expriment, à des degrés divers, avons-nous dit, la Vie suprême. Mettons dans les êtres imparfaits l'intelligence, la raison : il y aura en eux une aspiration plus ou moins sentie, plus ou moins consciente vers la Vie parfaite ; . et ce sera le ressort de toute leur activité. Dès lors, voici ce qui pourra arriver. La volonté pourra s'attacher aux biens incomplets qu'elle trouve autour d'elle; elle le pourra tout en ayant du mouvement pour aller plus loin. Alors il pourra y avoir préférence pour un bien inférieur, pour un moindre bien. Aucun être, pris en soi, n'est mauvais, pas même la matière. L'être inférieur