‹ Le prix de la vieChapitre 60 sur 108 · DIFFICULTÉS NOUVELLES · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS NOUVELLES

Le Bien est la fin de l'univers. Sans doute. D est la fin de Thumanité. Sans doute encore. Et il est la fin de chaque vie humaine, de chaque être humain. C'est certain, encore que je ne voie pas 3ssez comment.

Mais dire que le Bien est la fin, qu'est-ce au juste?

C'est dire que l'Être bon et bienheureux est la fin en soi, étant ce en vue de quoi tout existe, ce vers quoi tout doit aspirer et aspire.

C'est dire aussi qu'étant le principe comme il est la fin, l'Être bon et bienheureux qui est l'auteur des choses, l'auteur des êtres, leur marque leur fin, leur pose leur fin, et préside au développement par où ces choses et ces êtres s'y acheminent.

Disons donc que la Vie parfaite est; puis, que la vie humaine, j'entends la vie individuelle, personnelle, a un prix propre. Il faut que chaque être humain puisse être bon et définitivement heureux^ et cela, par un acte qui en quelque chose lui appartienne, donc, en un sens, par sa propre et libre opération. Je suis destiné au bien par l'Être bon : il faut que je puisse y arriver. Et, pour parler avec nrécision, il faut que, si je le veui, jr

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puisse être bon moi-même, et par là heureux. K celte condition, la vie humaine, quoi qu'elle puisse être d'ailleurs, sera bonne. De plus en plus, grâce aux exigences absolues de la raison et de la conscience, approfondissant, développant, appliquant Tidée du bien, la question se simplitie, se détermine, devient précise, et pressante aussi. Je sais mieux ce que je demande. Je vois mieux oij est la difliculté, et les ressources dont je dispose pour la résoudre se montrent mieux à moi. D est temps maintenant de regarder de nouveau Texpérience. Puis-je n'en tenir aucun compte? Manifestement non. J'ai de quoi l'interpréter. C'est quelque chose. A-t-elle elle-même quelques indications à me donner? Ai-je à apprendre à son école? C'est probable, pourvu que je ne perde jamais de vue les affirmations rationnelles et morales qui s'imposent à ma raison et a ma codscience.

tl SENS DI LA fil PRÉSENTI

^adressant à Texpénence, dans une étude comme celle que j'ai entreprise ici, il est convenable que je cherche d'abord une expérience que j'appellerai morale : une expérience qui appartienne à la vie morale, une expérience où je voie agir et comme se mouvoir la personne morale elle-même.

Je vais parler de quelque chose de tout intime, d*assez malaisé à voir et surtout à exposer, à rendre sensible aux regards; mais de quelque chose de très réel néanmoins. Je fais appel à la conscience de chacun. N'y a-l-il pas une sorte d'éducation intérieure, éducation de l'âme et de la volonté, qui se fait peu à peu? Les événements même petits y ont un rôle. Chacun a une

histoire morale qu'un œil attentif sait suivre. Vcv lontiers je dirais (c'est une pensée du P. Gratry) que pour chacun il y a un poème et une histoire. Un bel idéal, parfois entrevu, préside au poème, souvent interrompu. Et l'histoire marche, marche toujours. Elle a ses misères, ses petitesses, parfois à faire honte et à faire pitié. Regardez de plus près, plus au fond : que de ressources mises à votre disposition pour le bien ! L'histoire pouvait être conforme au poème, si vous l'eussiez voulu. Que d'événements dont vous auriez pu tirer profit! Et en fait, même en prenant la vie telle qu'elle est, avec ses exigences humbles, avec sa médiocrité, avec cette continuité désolante de choses mesquines dont elle est remplie, avec ses occupations absorbantes, avec ses catastrophes et ses grandes joies, avec ses petites peines et ses petits plaisirs, et aussi en dépit de tant de négligences, d'oublis, de méprises, de défaillances que votre conscience vous reproche, si vous suivez bien ce fil qui se déroule, et si vous savez vous recueillir pour saisir et discerner l'invisible, vous verrez quelque chose de grand qui en somme se fait : l'être moral, en vous, la personne, la personne ayant qualité morale, laquelle se dégage,

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