‹ Le prix de la vieChapitre 61 sur 108 · LB SENS DB LA VIE PRÉSENTE · texte numérisé non relu

LB SENS DB LA VIE PRÉSENTE

se forme, se perfectionne. Voilà ce que Texpérience intime vous montrera si vous savez regarder, à la condition que vous soyez, je ne dis pas un saint ni un héros, mais un homme ayant quelque souci de la vie morale, et la portant en soi à quelque degré.

Serait-ce donc l'éducation de la personne morale qui est au fond l'aflaire à avancer au milieu des événements journaliers si multiples et si variés? Et pourrait-on dire que la vie humaine est le théâtre de cette éducation, en sorte que, si cette éducation est, non pas facile, mais possible, c'est assez pour que la vie humaine soit déclarée bonne?

Mais si j'étends à tous les êtres humains cette affirmation, j'affirme par cela même que le tout de la vie n'est pas ce que nous en voyons.

Cette assertion est moins hardie qu'elle n'en a l'air. Car enfin la responsabilité, que nous affirmons à chaque instant, a des mystères oii nous ne pénétrons pas. Comme on se méprend sur les intentions! Comme il est aisé de supposer du mal où il n'y en a pas et de se tromper aussi sur la pureté des motifs d'une action ! Nous n'avons qu'à nous regarder nous-mêmes pour en juger. Tel se

froisse, s'irrite d'une parole, d une démarche où nous n'avions pas mis une ombre de malice; et tel autre nous félicite quand au fond de nousmêmes nous avons honte de notre lâcheté ou de notre égoïsme. Ne jugeons donc pas des hommes par ce que nous en voyons, et ne décidons pas trop vite que, la moralité n'occupant dans la vie qu'une place restreinte, la vie est manquée, la vie est mauvaise.

Puis, s'il est vrai qu'une Puissance bonne préside à la vie, et il le faut, puisque tout est suspendu à la Vie parfaite et suprême et y a son principe, si cela est vrai, cette Puissance bonne a des ressources infiniment variées pour atteindre les âmes. C'est une vue des théologiens catholiques à propos du salut. Ils remarquent qu'en dehors de ce que nous voyons, la grâce divine a des moyens à nous ignorés d'agir sur les âmes, et que nous ne pouvons ni ne devons restreindre en rien cette puissante et miséricordieuse action. C'est là une vue singulièrement profonde. Vraiment, qui a une fois vu ce qu'est le Bien et ce qu'est une âme, ce qu'est la Vie suprême et ce qu'est la personne morale, ne peut plus réduire à la portée de notre faible vue l'iuflueuce de Dieu. Le commerce

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entre les personnes morales et Dieu échappe à 10 us regards, à toute investigation, et il faut oser dire que le tout dp la vie n'est pas ce que nous en voyons.

Voilà donc une première façon de comprendre la vie présente : l'éducation de la personne morale s'y fait. Voici une autre idée : cette vie présente est comme un théâtre, ou plutôt encore un champ de bataille oh la personne morale déploie son activité.

Les êtres, les êtres moraux surtout, ne sont pas répandus dans l'univers, jetés dans la vie comme des germes sans prix, qui lèveront, s'ils le peuvent. Mais si réelle et si vivace est leur spontanéité propre que, pour laisser leur libre mouvement se déplo^'cr plus à l'aise, le plan universel se dissimule. Le monde a l'air d'aller tout seul et comme au hasard, tant chaque détail a de vigueur, de relief, d'importance propre. Le concert universel échappe, tant chaque chose semble exister pour soi-même. Et cela même n'est-il pas admirable? C'est une étonnante et déconcertante et presque effrayante variété. L'ensemble des êtres est tumultueux. La vie est une mêlée.

't* CHAPITRE IIX.

Chacun coudoie tant d'autres êtres, les pressant et pressé par eux. Chacun, ave^ cela, dans les conditions particulières qui lui sont faites, a une chose très précise à faire, mais sous quelles formes diverses! il a à être bon. Oui, à être bon; mais au miheu des difficultés, en livrant bataille, en subissant une épreuve. Et voilà sans doute une nouvelle façon juste, intéressante, salutaire aussi de nous représenter la vie : c'est un combaty c'est une épreuve.

Une troisième idée se joint aux deux premières : c'est l'idée de la solidarité humaine. Idée très importante. Chacun compte pour soi, nous avons vu pourquoi et comment. Mais chacun cependant est membre d'un même corps. C'est vrai physiquement en quelque sorte, puisque le vivant naît du vivant, et ne croît et ne subsiste que par le vivant. C'est vrai socialement. C'est vrai intellectuellement et moralement. C'est vrai de toutes les manières. L'homme isolé, réduit à soi, n'est plus l'homme. Et l'homme a un si profond, si incessant, si universel besoin de l'homme que, d'une part, avec les morts mêmes il est en commerce, et qu'ils entrent de toutes sortes de

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