‹ Le prix de la vieChapitre 64 sur 108 · LB PRIX DB LA PERSONNE MORALB · texte numérisé non relu

LB PRIX DB LA PERSONNE MORALB

qui réalisent le mot d'ordre, n'ont eux-mêmes aucune spontanéité.

Plus puissante est la parole qui persuade. Plusbelle aussi l'obéissance, si l'on peut dire, de celui que la parole convaincante et persuasive ébranle, remue, fait agir.

Et l'éducation? Quel en est le triomphe ? Est-ce de faire des machines? Non pas. C'est de faire des êtres auxquels se communique un certain esprit et qui, à leur tour, aient de l'initiative et une forme propre. Sans cela on dresse, on n'éduque pas. On s'en tient à la lettre morte. La transmission toute littérale d'une formule laisse inerte celui qui la reçoit, comme est inerte celui qui la transmet. Mais pour communiquer V esprit^ ' il faut agir soi-même comme il convient à un esprit, et il faut s'adresser à un esprit : alors on y suscite le mouvement, la vie, la pensée, on fait que lui-même agit d'une manière propre et personnelle. Et c'est pourquoi l'éducation est une si grande et si noble chose, si difficile aussi : elle contribue à faire des hommes.

Le chef-d'œuvre de l'Être bon, ce sera donc de faire des êtres qui, tenant tout de lui, aient oéaniiioms, ou plutôt par cela même, une vraie

existence, el non un semblant d'existence, une vraie spontanéité, et non un semblant de spontanéité, une vraie opération et causalité, et non un semblant d'opération et de causalité. Dieu est si puissant et si bon qu'il a voulu, comme dit saint Thomas d'Aquin, communiquer même à des créatures la dignité de la causalité, l'honneur d'être des causes*. Il a voulu que ces êtres, qui ne sont point par eux-mêmes, fussent pourtant, à son image, des causes, des causes véritables, et que chacune d'elles, fût pour les autres, cause de bien*. Il a voulu que ces êtres essentiellement dépendants fussent libres, et que leur liberté leur permît d'exercer, à l'égard de leur Créateur même, une sorte de hbéralité, puisque, pouvant refuser à Dieu leur amour, ces créatures raisonnables peuvent librement le lui donner ; pouvant vouloir et, en quelque manière, faire qu'il ne soit pas, elles peuvent vouloir et, en quelque manière, faire

1, Summa théologien, I, ixn, 3. « ... non piopter defectum ▼irlutis suae, sed propter abundantiam bonitalis suae, ut digni- Utem causalitatis creaturis etiam communicet. »

2. Summa philosophica, seu contra geniilts, II, xlv. « Perfectius accedit res creata ad Dei similitudiaem si non solum bona est, sed eliam ad bonitatem aliorum agere potest, quam si solum in se bona esset. >• — III, xxi. w Esse aliorum causa est bonum... lo hoc res intendunt divinam similitudiaem ut sint aliis caus2>.. »

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