‹ Le prix de la vieChapitre 65 sur 108 · LE PRIX DB LA PERSONNE MORALE. Î · texte numérisé non relu

LE PRIX DB LA PERSONNE MORALE. Î

qu'il so:t, et en jugeant bon et voulant qu'il soil plutôt qu'elles-mêmes, en consentant au Bien et à l'Être*, aux dépens d'elles-mêmes, s'il le faut, elles peuvent, n'étant d'ailleurs que des créatures, aimer le Créateur d'un amour désintéressé et généreux.

N'est-ce pas beau et grand? Assurément.

Mais quelle est la condition de cette belle et grande chose? La liberté, j'entends le pouvoir de dire oui ou non, par choix, en se déterminant de soi, en sorte que si l'on dit oui, la possibilité de dire non demeure, et inversement si l'on dit non, cela laisse subsister la possibilité de dire oui. Sans cela, l'amour est forcé, et ce n'est plus l'amour véritable, et toute l'excellence, toute la beauté que nous venons d'admirer s'évanouit.

Or, cette liberté entraîne manifestement la possibilité de pécher. Si la créature est torcément, nécessairement déterminée au bien, le caractère propre et excellent du bien disparaît; mais, du moment que la créature ne dit pas oui forcément"^ elle peut dire non, comme nous venons de le

1. Bossuet, Méditations sur l'ÊvanqUe, la dernière Semaine du Sauveur, ii.viie jour. « L'amour est uq consentement et une union à ce qui est juste et i ce qui est le meilleur. 11 est meilleur qui (Ueu soit, que nous. »

remarquer, et cela même, c'est préciscmcni pouvoir pécher.

Ces vérités une fois posées, regardons le monde réel. C'est un monde où l'activité créée se déploie, et de telle façon que l'activité créatrice ne se montre pas ; celle-ci opère néanmoins, non seulement pour soutenir l'activité créée, mais pour la diriger. Grâce à cette opération secrète, le monde est pour la personne morale ce lieu d'éducation et d'épreuve don*, nous avons parlé plus^^aut.

Les conditions où se fait cette éducation et où a lieu cette épreuve paraissent bien défavorables. Disons que Dieu seul est juge des conditions ; il les pose comme il veut. Ce n'est pas à nous de décider ce qu'elles devraient être. Si elles sont défavorables, Dieu, qui est puissant et bon, remédie, supplée, pourvoit à ce qui manque.

Je reprends ici un principe déjà énoncé précédemment. C'est que pour juger de la vie il ne faut pas s'en tenir à ce qui se voit. S'il n'y a que ce qui se voit, quel scandale I Mais il y a ce qui ne se voit pas.

Quoi donc? Nous jetons-nous dans le rêve? Pas le moins du monde.

Nous l'avons déjà indiqué plus haut. Il y faut

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revenir. Considérons ia vie humaine d'une façon conamune, sans mysticisme aucun, terre à terre même : nous n'y entendrons rien si nous ne savons y faire la pan de ce qui ne se voit pas. L'invisible y lient une pinrc immense. Dès que vous portez le moindre jugement de moralité, vous entrez dans l'invisible. Cette action, celle qu'il vous plaira de considérer, — la même visiblement dans cet homme-ci et dans celui-là, — sera bonne ici, et là sera mauvaise. Pourquoi? à cause de l'intention. C'est élémentaire et reconnu de tout le monde. Ce don, par exemple, ici sera charité, et là calcul. Cette démarche sera ici dévouement sublime, et là basse hypocrisie. Pour les yeux, tout est pareil : mêmes mouvements, mêmes sons de la voix. Oii donc est la différence? au dedans, et le dedans est invisible.

Sachons reconnaître en philosophes les mystères de l'invisible, comme à chaque instant nous les invoquons et nous les confessons dans la vie. Peclus temp laque mentis^. Que serait la vie si de ce sanctuaire intime il n'était jamais parlé? A. chaque instant je méconnais les autres, ou je

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