‹ Le prix de la vieChapitre 66 sur 108 · CIIAI'ITIIK XX · texte numérisé non relu

CIIAI'ITIIK XX

suis méconnu, et de ce qui paraît j*en appelle, par esprit de justice, à ce qui ne paraît pas, qu'il s'agisse d'autriii ou de moi.

Eh bien! dans ce monde, dans ce gvsind, drame où tous, tant que nous sommes, nous faisons notre partie comme acteurs, et acteurs responsables, il y a ce qui se voit : mais pourquoi le plus important ne serait-il pas ce qui ne se voit point? Et pourquoi n'y aurait-il pas des mystères d'âme impénétrables? un commerce socret entre le Bien et les âmes, des appels et des résistances, des ressources qui échappent aux yeux et infiniment variées? Pour qui jette sur la vie un regard superficiel, l'être humain semble un rouage presque. Osons dire que cela n'est pas, parce que cela ne doit pas être. Affirmons que chaque être humain est une « fin en soi », et traité comme tel; et prenons de ce respect dont il est l'objet quelque idée dans ces profondeurs de la conscience oii se décide la vie morale. Vraiment, ô Bien, ô Maître des vivants, ô Dieu, principe et fin et modèle des esprits, vous nous traitez avec une grande révérence, magna cum reverentia dîsponisnos^»

i. Sagesse, m. 11.

LE PRIX DE LA i*EKSONNB MOHAL«. 2^57

C'est le moment d'user de cette indication ébauchée plus haut. Les théologiens catholiques, disions-nous, traitant la question du salut, parlent des ressources merveilleuses de la Providence et des moyens invisibles dont Dieu peut se servir pour atteindre les âmes. Des esprits sans profondeur peuvent sourire et ne voir là que de singu- Uères inventions. Quand on sait ce qu'est la personne humaine et ce qu'est la vie morale, et quand, d'ailleurs, on a quelque expérience morale et quelque notion de ce que l'invisible y tient de place, on trouve qu'il y aurait une grande outrecuidance et en même temps une grande légèreté à prétendre borner à ce que nos sens atteignent l'action divine. Du moment que l'être humain est essentiellement un être ayant qualité morale, disons-le et redisons-le hautement, pour ne l'oublier pas, il faut tenir compte, et un grand compte, de ce qui ne se voit pas, pour expliquer la vie.

L'éminente dignité de la personne morale a une autre conséquence encore. Elle nous fait prolonger la vie au delà des limites actuelles. Nous distinguions tout à l'heure entre ce qui se voit et ce qui ne se voit pas; nous avons à distinguer

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maintenant entre ce qui se fait et ce qui se prépare. Une fois le prix de la personne morale bien vu, la vie présente n'a pas en soi de quoi se comprendre toute seule. Elle sème : il faut une récolte. Elle combat : où est le repos, où la gloire achetés par la victoire?

La vie présente est comparable à une éducation et aussi à une épreuve : c'est dire qu'elle e&t transitoire. D'ailleurs, nous appelons et déjà nous portons, pour ainsi dire, en nous l'éternel. Nos objets les plus hauts, ceux de la pure pensée, sont éternels. La vérité, la loi morale, le Bien ni ne commencent ni ne passent. Le temps n'y entre point et n'y a point de prise. Quelle raison y aurait-il, quelle raison valable et suffisante, pour que moi, être raisonnable et moral, ayant commencé de connaître et d'aimer l'éternel, je cessasse de le faire quand lui ne cesse pas d'être? Ma pensée et mon amour se prolongent comme par leur propre mouvement à l'infini. Tout ce qui en moi est marqué du caractère de la vérité et de l'excellence morale, est fondé à tout jamais :

... fundatum perpetuo A?o>.

i. Locrèce, V, 161.

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