‹ Le prix de la vieChapitre 67 sur 108 · LB PRIX DE LA PERSONNE MORALE · texte numérisé non relu

LB PRIX DE LA PERSONNE MORALE

Et si je considère la Bonté créatrice, je ne vois pas pourquoi, donnant l'être, elle se plairait à l'ôter. Elle a créé les choses pour qu'elles fussent, creavit res ut essent^ . Et pour celles qui ont qualité morale, continuer d'être, persister dans l'être^ c'est garder cette qualité morale. La personne humaine a donc en soi un principe de fixité, de stabilité, de perpétuité, et tout acte posé par elle pose des conséquences dont le prolongement est indéfini. Pourquoi donc ne dirais-je pas qu'en cette vie la personne humaine se forme, au milieu des difficultés et des obstacles, dans la lutte, dans la peine, à travers les labeurs et les douleurs de [épreuve^ et que dans une autre vie elle s'épanouira et fleurira, ayant., dans celle-ci, préparé et mérité cet épanouissement et cette floraison?

Tels sont les enseignements que je recueille de mes méditations sur le prix de la personne morale. Je suis entré dans la sphère de l'invisible et du futur. La vie présente vaut par l'intention invisible qui en inspire et en dirige le mouvement. Elle vaut encore par l'avenir auquel elle conduit et elle prépare. Le tout de la vie, le meilleur de la

1. Saint Thomas d'Aquio, Summa philosopkica^ seu centra gentites, IV, Liiivin.

vie, n'est pas ce que nous en voyons, ni ce que nous en tenons : ce qui en fait le prix, ce n*esl pas ce Quelle est aux yeux, c'est l'esprit qui la pénètre et l'anime; ce n'est pas le présent oii elle est renfermée, c'est l'avenir où elle mène. Mais, si cela lui communique une grandeur incomparable, si l'intention morale et la destinée future la transforment, l'élèvent, j'allais dire la divinisent, du même coup cette vie telle quelle que nous vivons, qui est entre nos mains et sous nos yeux, n'est-elle pas décolorée, exténuée, presque anéantie? Ne valant que par ce qui n*est pas elle, ne faut-il pas dire qu'en elle-même elle est comme rien, et qu'en définitive, pour vivre de la vie véritable, iJ faut mépriser la vie présente? C'est ce que nous avons maintenant à examiner.

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La vie présente vaut comme moyen. Voilà ce que nous venons d'établir.

Mais c'est une profonde et excellente remarque de Leibniz que certains moyens sont en même temps ^m*. La vie présente n'est moyen proportionné à la grandeur de la fin que parce qu'il est lui-mêm.e fin d'une certaine manière. Dans un ordre de choses relevé et noble, Vinstrument n'est jamais instrument pur : il est arjentj cause, principe, encore qu'il serve à autre chose et travaille pour autre chose ; le moyen n'est pas moyen simplement, il a, secondairement, rang de fin. Cela se vérifie partout. Ce

\ Essais de Theodicée, M, § 208.

monde donc, qui en prépare un autre, est un monde réel, et un monde ayant de la valeur Le drame a son dénouement Onal ailleurs, mai? les détails et les péripéties qui sont en ce monde ont de l'intérêt. Ce n est pas une concession à l'humaine faiblesse que je fais en disant ceci Il n'y a dans ces dires aucune indulgence. C'est la vérité que j'entends énoncer. Prenant les choses en leur idée même, je dis que ce monde visible et transitoire, qui vaut par son rapport à l'invisible et à l'éternel, a pourtant, ou mieu* par cela même, une valeur propre, une valeur considérable. 11 s'agit donc, non de le mépriser, mais d'en reconnaître et d'en mesurer le prix.

Que peut être la valeur de ce qui n'existe que par son rapport à l'invisible et à l'éternel? C'est précisément le reflet de l'invisible et de l'éternel à y reconnaître et à y mettre.

Distinguons dans ce monde présent le lieu et les acteurs.

Le lieu a son intérêt, car il a sa beauté. C'est un monde réel que ce monde, réel, vivant même, bon en ce qu'il a et par ce qu'il a d'être,

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