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de réalité, de vie. Dieu même s'y exprime. Faibles vestiges, tant qu'on voudra, mais vestiges de la divine excellence, dès lors ayant du prix. Notre éducation morale s'y fait, et à ciel ouvert, non dans une cave où il n'y aurait rien à regarder, rien à voir. La lutte s'engage, se poursuit, mais une vraie lutte, non une petite guerre, c'est-à-dire un semblant de guerre, non des manœuvres factices et de parade. C'est avec des êtres réels que nous sommes aux prises, et réel est le théâtre : tout y est vivant, mouvant, agissant. Il importe donc à l'homme de connaître ce monde oii il vit et combat. Il peut et doit y reconnaître ce qui s'y trouve de grand et de beau, et, dans une certaine mesure, s'y attacher comme on s'attache à une chose intéressante, et en user et en jouir dans une certaine mesure aussi comme d'une chose qui a de l'utilité et de l'agrément. Il peut et il doit l'explorer, l'exploiter, le cultiver, le conquérir. Le théâtre de l'éducation, de la lutte , de l'épreuve pour la personne morale, c'est aussi pour elle un domaine à s'approprier de plus en plus, et pourquoi? pour y mettre de plus en plus sa marque, c'est-à-dire la marque môme de Dieu. Plus elle
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le connaîtra et s*en rendra maîtresse, plus elle y imprimera sa ressemblance propre, et l'intelligence y reluira, la beauté morale môme s'y reflétera, et cette action de la personne morale fera que le sensible et le matériel même exprimera davantage le spirituel d'abord et ensuite le divin lui-même.
Trois grandes forces sont aux mains de l'homme : l'industrie, la science, l'art. Les mépriser, sous prétexte qu'elles n'ont point de rapport immédiat avec l'invisible et avec la vie future, c'est méconnaître l'économie des choses. Eu accomplissant cette triple œuvre, c'est encore son œuvre d'homme que l'homme fait, et en explorant, en embellissant, en améliorant, en achevant, là où par une attention divine elle semble inachevée, son habitation présente, il se rend encore digne de la demeure future. Le prix moral de l'action est indépendant du résultat prévu ou atteint. Les hommes, pour bien user de la vie, n'ont pas tous à se dire qu'ils vont s'appliquer à étendre leur empire sur la nature, et ils n'ont pas à y réussir. Mais je dis qu'à prendre les choses d'une manière très gé' néraie, c'est le devoir de l'homme, qui est un
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être raisonnable et moral, de se rendre maître du monde par l'industrie, la science et l'art ; et j'ajoute que, d'une manière très particulière, c'est le devoir de quiconque a le talent nécessaire pour cela. Dans certaines conditions spéciales, avec un certain degré de culture, l'homme ne remplit son devoir humain universel, tout son devoir d'homme, que s'il développe ces talents propres. Comment douter qu'il manque à son devoir s'il refuse ou néglige de s'appliquer de son mieux, en la forme précise indiquée par les circonstances, à ces œuvres de conquête? L'antiquité faisait des héros révérés, des demidieux, de ceux qui avaient été les libérateurs de l'humanité aux prises avec la nature. Il y avait là une grande et profonde pensée. Quiconque étend l'ascendant de l'homme , c'està-dire de l'esprit sur la nature, fait une œuvre vraiment humaine, et aussi une œuvre divine. Je n'hésite pas à dire qu'avoir en soi le talent qui destine à être un savant, un artiste, et n'en rien faire, c'est manquer sa vie.
Pénétrons donc de plus en plus ce monde qui est là devant nos yeux. Tâchons de le corapreûdre, de nous en emparer d'abord par la
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pensée. Ce monde donné n'est pas une vaine fantasmagorie. 11 a sa valeur, il a son prix. C'est l'œuvre de Dieu dont les perfections s'y re* flètent. Il vaut bien la peine qu'on prend pour en découvrir les secrets et les lois. Et l'homme a encore le devoir de travailler à le soumettre par une action intelligente, pour le discipliner, en quelque sorte, y accroître en un sens, y aviver l'image de l'esprit, l'image des perfections divines.
La vertu n'exige donc pas que l'homme soit indifférent à ce théâtre où se déploie l'humaine activité. Tout au contraire. Et d'ailleurs, si le devoir de l'homme à l'égard de l'univers, à l'égard de la nature, n'est pas et ne peut pas être compris de tous. Dieu a pourvu cependant à ce qu'il fût rempli par tous d'une manière au moins rudimentaire et suffisante. 11 y a, en effet, un devoir dont tous n'ont pas le secret, mais qui est imposé à tous, c'est le travail. Or, le travail est toujours une main mise sur la nature, un effort pour la tourner au service de l'homme, une façon d'y mettre quelque chose de soi.