LB PRIX DB LA VIB PRÉSENTE
pressant. Est-ce en vain? n'est-ce pas la preuve que l'humanité doit, en ce temps, faire un pas décisif dans la voie de l'amélioration sociale, à tous égards, sous toutes les formes?
Disons que, pour quiconque a cette vue de famélioration humaine comme but terrestre de la vie, ce serait une faute de n'y pas coopérer.
Disons ensuite que, pour tout homme éclairé, c'est un devoir d'avoir cette vue.
Serait-on vraiment homme sans cela? Hojnme, on doit se soucier de l'humanité, avoir l'ambition de la servir, de lui faire du bien. A chacun de travailler à cette œuvre en l« manière qui lui est possible, qui s'offre ou s'impose à lui, qui lui paraît convenable ; à chacun de faire sa partie dans sa sphère, dans son ordre, selon sa vocation et ses moyens propres : mais nul n'a le droit de s'en dispenser et de demeurer, devant l'humanité souffrante, les bras croisés.
Voilà donc un nouvel aspect des choses qui se présente à nos regards : faire son devoir, et, pour employer une expression chrétienne (dont nous verrons plus loin le sens précis), faire son salut, c'est indispensable, et c'est bien : mais il le faut faire en pensant aux autres, en procurant
leur bien, bien matériel, bien inlellectuel et moral, et celui qui aurait la prétention de ne s'en occuper jamais, à \rai dire, par suite de cette indifférence égoïste, ne ferait point son devoir, ne ferait point son salut.
Tout à l'heure nous avons vu que chez les plus simples le travail accomplit le devoir humain à l'égard de la nature ; nous voyons maintenant que sans aucune vue savante, la bienveillance et la bienfaisance, mais surtout la charité et la prière catholique accomplissent le second devoir, le devoir envers les hommes, car l'une et l'antre ont, chez les plus simples, une vue universelle, l'une et l'autre embrassent l'humanité entière et tout dans Thumanité. Ainsi, sans rien de vague, mais au contraire avec une précision parfaite, tout homme qui veut et fait le bien a le souci et le soin du devoir terrestre, si je puis dire : il voit qu'il y a un but terrestre à poursuivre, et il y va. Il contribue pour sa part à transformer le monde et à amener tous les hommes à la cité future en même temps qu'il travaille à l'amélioration de la cité présente. Ce que Cicéron célèbre dans le Songe de Scipion^ chaque chrétien l'accomplit en toute simplicité.
Mais, au fond, qu'est-ce que vouloir l'amélioration des choses et des hommes, sinon se proposer d'établir, d'affermir, d'accroître le règne de Dieu en ce monde?
Ayons la conviction qu'il y a quelque chose à faire de ce monde. Travaillons-y avec l'espérance d'y réussir insensiblement. Il faut vouloir faire resplendir dans cet univers composé d'êtres vrais, actifs, agissants, ce qui est le suprême objet de la pensée, de l'amour, de l'activité, le Bien. Et vouloir cela, c'est vouloir ce que Dieu veut; c'est faire ce que Dieu fait, puisque le monde n'est enfin que l'expression de Dieu.
Voilà donc les choses de Tordre présent prenant une dignité et un intérêt propres, quoiqu'elles ne soient que des fins secondaires, et partant des moyens par rapport à une fin plus haute. Il y a « un élan à donner au monde* ». C'est assez pour attribuer à la vie présente un prix 'Considérable. Nous avons à travailler en ce monde, nous avons à en aimer et à en servir efl'ective- BQent les habitants, nous avons un but terrestre à