‹ Le prix de la vieChapitre 78 sur 108 · LA RAISON DE VIVRB · texte numérisé non relu

LA RAISON DE VIVRB

d'avoir le mot d'ordre. Sachant ce qu'iJ faut penser de la vie, je sais du même coup ce qu'il en faut faire. Elle est bonne, je viens de voir pourquoi et comment. Il faut donc l'employer à se rendre bon, et à faire du bien autour de soi, et à travailler de toutes les manières au triomphe du Bien suprême ; en d'autres termes, à se conformer et à conformer les autres à la vraie et parfaite et pleine vie.

Le beau de notre condition, c'est que, êtres réels et vrais, nous pouvons, par une action propre encore que dérivée de plus haut et subordonnée à plus grand que nous, nous pouvons être causes, vraies causes, nous portant nous-mêmes à des actes qui sont bien nôtres, et devenant pour d'autres que nous causes de quelque bien. Nous recevons sans cesse de la Bonté suprême. Mais elle s'est tellement communiquée à nous que ce que nous avons reçu d'elle, nous le pouvons verser en autre chose*. Ainsi nous pouvons vouloir le bien que Dieu veut, et, comme Dieu, faire du bien.

1. Saint Thomas d'Aquin, Summa contra gentiles, III, cx! : « Sola creatiira rationalis habet domiDJum sui actus, libère se agens id operaodum. » — 1(1, lui : « Sic Oeus rébus creatis suam buoitatem commuoicavit ut uoa res qiiod accepit possit in aliam rem CrsBgfQQdere. •

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Cela dit tout, ce me semble. Mais je ne puis trop méditer ces fécondes formules. Plus je les considère, mieux je comprends Tusage et l'emploi de la vie, et en même temps de belles harmonies se découvrent à mes yeux. Faire le bien, faire du bien, qu'est-ce enfin sinon travailler généreusement à établir, à raffermir, à accroître le règne du Bien suprême, et cela, en soi, en autrui, dans le monde présent, de toutes les manières, pour l'amour des êtres h qui l'on fait du bien, et pour l'amour du Bien que l'on fait régner dans les êtres? Le Bien est notre bien, le bien de nos semblables, le bien des choses. Admirable et suprême harmonie : il y a Dieu, il y a moi, il y a les autres êtves; or, je ne puis devenir étranger à moi* même, je ne dois pas y être indifférent : ce serait être indifférent à ma perfection, qui enveloppe mon bonheur : j'y dois aspirer, j'y dois travailler. C'est la condition de tout le reste que cette vue de moi et ce sentiment qui m'attache à moi. Mais ce n'est pas de l'égoïsme. Il faut qu'étant bien moi, je sorte de moi je me donne, au besoin que je me sacrifie. Il faut que je sois ca»2se de bien pour autrui, que ce que je reçois je le donne, et sans cette bienfaisance généreuse je ne serai ni parfait ni

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