‹ Le prix de la vieChapitre 80 sur 108 · Imitation de Jésus-Christ, HT, ixvn · texte numérisé non relu

Imitation de Jésus-Christ, HT, ixvn

2. Saint Augustin, In I Epist. Johannis Tract, vri, 8 (éd. des Bénéd., part. 2, t. lil, p. 875), expliquant les versets 7, 8, 9, 10 du chap. IV : w Semel ergo brève pra'ce[)lum Lil)i pra-npitur, iMlige, et quod vis fac : sive laceas, dilectione lareas; sive «lanies. «Iilectione clames; sive emeudes. dilectione erjieiides; sive parcas, dilectione parcas : radix est inlus dilectiunis, oon polesi de ista radice nisi bunum exsistere. »

3. Rossuet. M'-dilatiuna sur L'Evangile. La dernière semame do Sauveur, 44^ jour.

aimer Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme soi-même^ cela dit tout. Voilà pourquoi la vie est faite, et voilà ce qu'il faut faire de la vie. C'est la formule la plus large et la plus compréhensive de toutes; c'est aussi la plus haute; et c'est la plus simple comme la plus concrète. Vivre, au sens plein du mot, c'est aimer. L'amour est conmie la fleur et le fruit de la vie, c'est la vie même. Et le Bien, qui est la Vie parfaite et éternelle, est la source de toute vie, et le modèle et la fin. Le Bien, souverainement aimable, est luimême souverainement aimant. Il est Amour. Bien, Vie, Amour, c'est tout un, tout cela s'identifie en Dieu. Et nous, en aimant Dieu, et, par rapport à Dieu, ce qui vient de Dieu et va à Dieu, nous vivons nous-mêmes d'une vie analogue à la vie divine; nous sommes bons, aimants, aimables aussi et par cela même ; nous nous conformons à notre modèle, nous allons à noire fin.

Le point de vue de 1 amour est donc le point de vue suprême. Il est essentiellement harmonieux. L'amour ne supprime pas le reste : il domine le reste et le pénètre.

Rire vivant, je tends à me maintenir dans la \'e, et je le veux. C est naturel. Pour cela, je me

S'M's r)fts antres êlres, j'en use. Je les prise et les veux cnmine utiles à nia vie. S il le faut, je les détruis pour ma subsistance. I);nis un ordre plus élevé, je ne consomme plus ce qui me sert à entrrt(Miir nm vie, mais ne le voulant que comme n)oyen et en tant qu'utile, je n'entre en société avec rien, je demeure seul. La vie qui n'aurait d'autre raison, d'autre emploi, d'autre but que de se con- erver et de s'accroître elle-même, n'aurait ni grandeur, ni brauté, ni véritable prix. Ce qui est condu'mn de la vie n'en peut devenir le but.

Si j'aime véritablement, et selon l'ordre, souveraineujent le souverain objet, et le reste par rapport à ce souverain objet, voilà que vivre vaut la peine de vivre. User des choses pour conserver ma vie, devient bon, en son rang. Ce peut être légitime, bon, mais en son rang. C'est moyen, rien que moyen, jamais lin.

Jt)uir vaut mieux qu'user, en un sens. Je sais qu'u.^er peut devenir plus noble par la vue de la raison qui conçoit l'utile. Mais jouir est, en soi, plus desinterersé. (loûter la douceur de vivre est naturel et va d'abord sans retour sur soi, sans calcul d'intérêt. C'est dilatation de vie, ce n'est pas e^oisme. Si l'on en fait le but, tout c^-mge et

L'AMODR. 327

se pervertit. Les ressorts se détendent, Tâme s'alano^uit, dissolutio et languor^ , L'être qui ne tend qu'à jouir se prend pour centre et pour (in. Il se replie sur soi, et se dévore. Aimez, et selon l'ordre, et la joie d'aimer, identique alors à la joie de vivre, sera légitime, borme.

Penser, connaître, savoir, comprendre : c'est noble. Est-là le but de la vie? Non, car c'est froid, donc incomplet comme la lumière sans chaleur et sans énergie. Ou, si cela cesse d'ôtre glacé, c'est que l'amour s*y glisse et s'y mêle : il y a amour en même temps que pensée.

Vous voulez connaître, savoir. C'est naturel, et c'est légitime, et bon. Mais « malht ur à la connaissance stérile qui ne se tourne point à aimer* î »

Vous voulez produire des objets où vous mettez v(»tre pe^i!L<^e : dans une matière vous soufilez votre esprit, votre âme. C'est grand, c'est beau. Mais ce ne sont là que des semblants d'êtres, des semblants de vies. FVoduire cela, est-ce le but de la vie? Non. C'est légitime, c'est bon, mais en son rang.

Vuns propagez la vie. Vous fondez une société

Page 1