‹ Le prix de la vieChapitre 81 sur 108 · BusNuel, Connaissance de Dieu et de soi-même^ ÏV, x · texte numérisé non relu

BusNuel, Connaissance de Dieu et de soi-même^ ÏV, x

qui reçoit de vous la vie. Une famille se crée, dont vous êtes Tauteup et le chef. Ou c'est une corporation quelconque formée par votre initiative, îinimée de votre pensée, vivant de la vie que vous lui communiquez. Ou encore c'est ce que Tod nomme une école: une assemblée d'intelligences qui semblent s'éclairer de votre lumière, qui pensent comme vous et par vous. Vous êtes capable d'exercer une influence, et qui dure, de créer en quelque sorte une forme de pensée et d( vie, un esprit et de le transmettre. C'est grand, cette puissance de répandre, de propager, de perpétuer la vie de toutes sortes de manières. Est-ce le but souverain de la vie? c'est chose qui est dans votre nature, et c'est chose légitime, bonne. Est-ce la suprême raison de vivre?

L'amour ici se montre. iMais ce n'est encore qa'une ébauche. Au premier degré, si rien de supérieur n'y vient jeter son rayon, ce n'est qu'un instinct. En d'autres sphères c'est l'ambition, le désir d'être, d'être plus, d'agrandir et d'étendre son être. Tout cela n'aura toute sa beauté que si l'amour véritable s'y ajoute, y pénètre, et y élève et transforme tout.

Vous voulez agir, déployer votre activité, faire

de grandes, de belles choses. Vous êtes fort, ^oiis êtes puissant. Votre énergie triomphante vous rend maître de beaucoup de choses et de beaucoup d'hommes. Est-ce digne d'être le but suprême de la vie? Et si aucun véritable amour ne se mêle à votre action, aucun amour par où vou? soyez en union avec autrui et vous ayez quelque rapport avec le Bien suprême, puis-je dire que étant homme, vous êtes fait pour agir et que ce que vous avez à faire en ce monde, c'est d'agir? Non. L'action, sans le véritable amour, n'a pas ce prix.

Mais vous agissez conformément à la règle morale. C'est bien. Vous voilà dans /'ordre. Cependant prenons garde : si vous n'aimez pas, la règle est purement formelle, et d'une règle toute formelle, je ne puis dire que s'y conformer soit tout le but de la vie.

Ainsi chacun deir buts que je viens de men« tionner est un but partiel^ aucun ne saurait être le but /iiial. FVis comme terme, chacun de ses t)uts devient exclusif an reste, et nous voilà dans le faux, même dans le mal. Vous vous confinez dans une sphère donnée, et ce que vous y faites o'est pas tout ce qu'il doit être ; si vous allez

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d'une sphère à l*autre, c'est par soubresauts, et vous n'échappez à l'étroitesse exclusive (]ue par l'inconstance : votre vie va au hasard. Si vous pensez au devoir, vous avez une règle fixe, c'est vrai, L't une règle universelle et souveraine, c*est vrai encore, et par conséquent vous sortez du partiel et de l'exclusif; mais, tant que la règle est purement formelle, comment auriez-vous tout le sens de la vie, comment dans le devoir ainsi envisagé, réduit à soi seul, détaché du Bien et de l'Être, trouveriez-vous le but flnal de la vie?

' L'amour pénètre dans toutes les sphères, il les relie et les domine toutes. Avec l'amour, chacun des buts partiels a du prix, et cesse de tendre à devenir terme, partant d'elre exclusif. Aimant selon l'ordre, on embrasse implicitement tout degré d'être. Qui aime comme il faut, ne méprise ni l'utilité, ni la jouissance, à leur place, en leur rang, ni encore moins le savoir, ni l'art, ni l'action. Qui aime bien fait ceci ou cela, quand il faut, et en perfection, et sans se laisser absorber au rien. L'amour n'est dépendant d'aucune de ces choses, il les a toutes dans sa dépendance. U n'en supprime aucune, il n'en exclut aucune : il les pénètre toutes, les anime, les transfonne, et

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il leur demeure supérieur à toutes, étant attaché au Bien suprême, et uni aux âmes et les unissant.

Seul le point de vue du devoir est universel comme le point de vue de l'amour. Mais, sans l'amour, le point de vue du devoir, tout universel qu'il est en soi, risque de devenir étroit dans le t'ait, parce qu'il est tout formel, étant réduit à soi seul, et une règle toute formelle produit bientôt un pur et sec et "^étroit formalisme. L'amour, au contraire, court, vole, et il est en joie, et il est libre, et rien ne le retient, currity vo/at, lastalnr^ Liber est^ et non tenetur*.

Je crois avoir montré que le point de vue de l'amour est le plus large et le plus harmonieux. Il suit de là que c'est, si je puis dire, le plus observateur de la lettre^ en même temps que le. plus spirituel.

J'aime : je rendrai à celui que j'aime tous les services possibles, je ne négligerai, pom lui faire du bien et pour lui faire plaisir, aucun détail ; je mettrai du prix aux plus humbles :hoses : cette fleur ou ce sourire dira beaucoup, icra beaucoup. Mais 1 amour n'est attaché à rien

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