‹ Le prix de la vieChapitre 85 sur 108 · Olyniftif/uen, X (x · texte numérisé non relu

Olyniftif/uen, X (x

La religion. 339

passer ae la religion! Quand il croit y renoncer, il la remplace par la superstition, et notre siècle savant ne fait pas exception, car le spiritisme et Toccultisme y fleurissent d'une étrange manière.

EiiOn la religion a en propre le prêtre : un homme, mais un homme qui parle au nom de Dieu, de la part de Dieu, et qui parle à Dieu. Cela est unique.

Ramassez tous ces caractères : vous verrez que la religion concilie, harmonise, unit tout. Tintérieur et l'extérieur, l'invisible et le visible, le spirituel et le matériel, la personne et la société, et cela parce qu'elle concilie, harmonise, unit le divin et l'humain d'une façon qui n'est qu'à elle.

Ainsi, ft de tous nos sentiments, celui qui réunit en lui davantage toutes nos affections, c'est l'amour. » En Dieu est le suprême et parfait objet « où se réunit tout notre amour », non pas de telle façon « qu'il n'en reste plus pour les hommes » ; tout au contraire : c( qui n'aime pas Dieu, n'aime que soi. Pour aimer son prochain comme soi-même, il faut être auparavant sorti de soi-même, et aimer Dieu plus que soi-même. L'amour, une fois uni à cette source, se répand avec égalité sur le prochain. »

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Ces paroles (presque toutes empruntées à Bossuet*) résument bien cette loi de l'amour qui comprend, qui achève, qui explique l'ordre de la moralité pure, en le dépassant, et qui est déjà la religion même.

La religion donc est essentiellement lien : lien de l'homme à Dieu, lien des hommes entre eux par Dieu, pour Dieu. Et, parce qu'elle est essentiellement lien avec Dieu, elle a une vertu purificatrice, nous l'avons vu, une vertu consolatrice, une vertu fortifiante, une vertu unifiante, osons dire une vertu divinisante, déifique : à l'homme qui a mis par le péché quelque chose entre soi et Dieu, elle montre Dieu même lui offrant un moyen de réconciliation ; à l'homme qui souffre, elle montre Dieu môme le consolant; à l'homme qui sent sa faiblesse, elle montre Dieu môme lui communiquant une force secrète et supérieure à tout; à l'homme enfin qui a l'ambition de connaître Dieu, de jouir de Dieu, de posséder Dieu en quelque manière, elle montre Dieu même suscitant, avivant, satisfaisant cette ambition et

1. Méditations sur V Évangile ^ U deroière «emaioe du Sauveu. 42» et 478 jours.

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s'unissanl à ceux qui Taiment, d'une façon qui passe toutes nos conceptions.

La vie selon la religion est essentiellement supérieure à l'homme, xpsiTTcov ^ xar* àvÔpwiiov * , parcB qu'elle consiste précisément en un rapport intime, vivant, personnel entre l'homme et Dieu.

Dès lors le point de vue religieux est décidément le plus complet, le plus harmonieux, en même temps que le plus haut. C'est là qu'enfin nous devons chercher et trouver le dernier mot de la vie humaine.

Mais, remarquons-le bien, la seule considération de cette vie supérieure nous fait dépasser la philosophie pure. Qui parle de religion ne sait pas ce qu'il dit si ce qu'il nomme religion n'est à ses yeux qu'une forme de la philosophie. Il se sert d'un mot auguste à tort et en dupe. Ce qui a l'efficacité que nous venons de dire n'est plus philosophie, c'est-à-dire pur résultat de l'action de l'homme seul usant de sa raison. C'est d'un autre ordre, et surnaturel. Les ressources de notre nature raisonnable et morale

1. C'est ce qu'Aristote disait de la vie selon le voOç ou vie de coDtempl.itmn on de pure pensée où il faisait consister la suprëuii félicité. Eth. Nie* X, vu, 1177^26.

342 CHAPITRE IlVi.

ne suffisent pas à expliquer cette vie supérieure, cette satisfaction suprême donnée à nos plus profonds besoins ; elles ne suffisent même pas à expliquer certains de ces besoins. La religion, qui met tout cela en nous, ne vient pas de nous. Comme elle a pour fin uue union plus que naturelle avec Dieu, c'est de Dieu aussi qu'elle tire son origine, et d'une façon plus que naturelle. Qui dit religion, dit une action surnaturelle exercée sur nous : action intérieure, action extérieure. Et cette action a encore ce caractère d'être d'une certaine manière attachée à des signes sensibles, à des moyens extérieurs : la religion ne va pas sans rites, sans cérémonies et sans pratiques. Enfin, dans son origine, elle suppose l'autorité, et une autorité divine en sa source : Dieu, oon pas simplement auteur de la nature, de la raison, de la conscience, mais ôtant luimême les voiles qui couvrent sa vie, Dieu racontant de sa vie propre ce qu'il en veut montrer. Une révélatmi qui se transmet par des hommes qui en sont les dépositaires, une autorité visible, autorité vivante et parlante, cela encore est de l'essence de la religion. Et, en tout cela, elle se montre, de toutes façons, lien:

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