Évangile selon saint Jean, vi
LE CHRISTIANISME. 36i
même : tout est là. Et il ne sagit pas ici d'ex* tases, ni de ravissements, ni de communications extraordinaires. Ce sont choses qui se rencontrent dans le Christianisme, et ce mysticisme, quand il est sain et sur, est un des plus remarquables privilèges de la religion du Christ. On en sent toute la beauté quand on le compare aux contrefaçons qui en pullulent ailleurs*. Mais cette efflorescence du Christianisme ne le constitue pas. Le mysticisme ordinaire et essentiel, c'est celui qui consiste à regarder et à respirer du côté du ciel. Celui-là est le Christianisme même. La vie que le Christ donne vient du ciel, y mène, et est déjà, d'une certaine manière, le ciel. Tout chrétien a «ela, sans aucun mouvement extatique. Et, en commerce avec Dieu, il entre en commerce avec les amis de Dieu. L'Église triomphante, celle des Saints consommés dans la gloire céleste, l'Église souffrante, celle des justes qui dans le Purgatoire achèvent d'expier leurs fautes, l'Église militante, celle qui combat sur la terre, sont unies. Le? Saints. sont des modèles, des intercesseurs, des
1. La critique n'a plus pour les mystiques chrétiens les naïf» mépris d'autrefois. Ainsi un protestanl, M. Sabatier, dans un livre où il y a des vues non catholiques assurément, eUidïe saint François d'Assise tMCMHi sympathie iténétrante et une admiration passionnée.
aides. Nous allons, nous courons au combat, ayant au-dessus de nos têtes une innombrable nuée de témoins*, et nous tendons vers le ciel où Jésus-Christ est assis à la droite du Père et oii il nous a préparé la place. Le chrétien va donc, marche, combat, invisiblement assisté de ces compagnons glorifiés, aidé surtout par la Bienheureuse mère de Dieu, la Vierge immaculée, Marie, pleine de grâce, par qui Jésus-Christ a été donné au monde, puisque, pour y venir, il a pour ainsi dire attendu qu'elle consentît en disant : Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole 1
Voilà la vie nouvelle dont Jésus-Christ est le principe. Don gratuit, mais qu'il ne nous est pas loisible pour cela de refuser, car nous sommes faits pour la vie éternelle. Dieu, qui nous a créés sans nous, ne nous sanctifiera point sans nous* : il faut coopérer à la grâce. Aucun homme fait n'est sauvé sans le vouloir. Mais il faut le vouloir, et parce que, si notre liberté refuse le salut mérité par Jésus-Christ, il n'y a point de salut pour nous,
i. Saint Paul, Êpître aux Hp'brsux, xn, 1. 2. Saint Augustin, Serm. 169, 13 : a Qui creavit te sine te, ooo justiâcabit te sine te. •
nen ne serait si faux que d'en conclure que nous avons le droit de demeurer neutres en présence du don gratuit de Dieu*. Encore une fois, le refuser, c'est se rendre coupable, puisque c'est une souveraine ingratitude et puisque ce serait se réduire et se condamner, de son autorité privée, à Tordre purement naturel, à la vie purement naturelle quand Dieu nous destine à l'ordre surnaturel, à la vie surnaturelle.
Telle est ce que je puis nommer la théorie du salut. Mais si les biens surnaturels nous sont rendus par Jésus-Christ, le sont-ils à tous? Ce royaume de la grâce, si magnifique, n'est-il pas en définitive réservé à quelques élus? N'est-ce pas à quelques hommes seulement tirés de la masbC corrompue du genre humain, que les biens surnaturels sont rendus?
Deus viilt orrnies homines salvos fieri^ . Dieu