‹ Le prix de la vieChapitre 91 sur 108 · Cardinal Pie, Instructions synodales, Paris, Oudin · texte numérisé non relu

Cardinal Pie, Instructions synodales, Paris, Oudin

2. SaiDt Paul, I Ttmotk., ii, 4. — Tit., ii, 11. « Ap[)aruil gratia... omnibus hornuiilms. »> — Bom., v, 18 : « ... per utiius jusliliano in oiniies huruines in justificationeno vitae. » Pais baut 15, ii y a seulement plures, et 19. muLti. De même dans saini Matthieu, iiTi. 28 : a Hir sangnis meus novi testamenti qui pru mnltis etluodeiur m remissuinem perralnrum. » Mais le pinres, ce mj///i (c'est visibk par le contexte), ce mu/lis aussi signiti&'ut plus d'un, ce qui Il empêche pas que ce ne soit tous. Amsi dans uo texte de beca»-

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veut que tous soient sauvés. La parole de saint Paul est expresse. La foi est nécessaire au salut. On n'est pas sauvé sans une adhésion à Jésus- Chrisl, laquelle n'est pas possible sans la grâce. Mais la grâce est donnée à tous : la grâce dite actuelle, inspiration prévenante de l'Esprit Saint, aide divine, qui rend capable, si on ne la repousse pas. d'adhérer à Jésus-Christ et d'arriver au salut.

Une grâce prévenante qui suffît est donnée h tous. Cela n'empêche pas que sur quelques-uns Dieu ne jette un regard de préférence ^ Voudrait-on poser des bornes à la liberté divine et à la divine libéralité? Qui dit grâce, dit liberté, et si le don gracieux n'est point libre, où est la grâce? Mais la prédestination n'existe pas en ce sens que la damnation serait la conséquence d'un décret

«thènes, Discours sur les affaires de Chersonèse, au début, p. 272 de l'édition Weil des Harangues de Démos thènes. Hachette, 1873, il y a eotre lvtoi<; et toùç itoXXoùç une opposition dont le sens est tel que xoùç i:oX>«où;, c'est manifestement tout le peuple.

1. Bossuet, Médit, sur l'Évangile, Cène, II® partie, 72® jour : « Je ne nie pas la bonté dont Dieu est touché pour tous les hommes, ni les moyens qu'il leur prépare pour leur salut éternel. Car il ne veut point que personne périsse, et il attend tous les pécheurs à repentance (Il Petr., m, 9). Mais quelque grandes que goienl les vues qu'ifa sur tout le monde, il y a un certam regard particulier et de préférence sur un nombre qui lui est connu. »

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divin*. Nul n*est perdu autrement que par une mauvaise volonté obstinément rebelle qui a rendu inutiles les innombrables et persévérantes prévenances et instances de la grâce'.

Donc, il faut trembler : car enfin on peut se perdre. Le péché est affreux. Affreuse la mort éternelle, ou damnation, qui est la suite du péché grave, mortel, lequel ôte l'amitié de Dieu et prive l'âme de la vie de la grâce. Et, à prendre

K . Bossuet, Méditations sur t Évangile, Cène, II» partie, 48® jour : m II (Judas) n'est enfant de peHition... que par lui-mêiue et par sa faute... Ce n'est pas Dieu qui l'a précipité dans le crime, pour accomplir les prédictions de son Écriture : car ces prédictions du péché le supposent comme devant être, et ne le font pas. Cela est clair, cel> est certain; et il ne faut rien écouter contre. » Et encore. II® partie, 67» jour : « Reçois humblement le remède, et laisse à la divine Providence ceux que tu en vois privés. Crois seulement que nul ne périt que par sa faute : que dans ce grand hôpital de Dieu, dans le monde, où tout est malade, il n'y a point de mal qui n'ait son remède ; et que tous les secours qui se donnent dans l'univers, dans quelque lieu que ce soit, à qui que ce soit, dans quelque degré que ce soit, se dispensent avec équité et avec bonté, sans que personne se puisse plaindre. » — Concile de Trente, sess. VI, can. vi.

2. Le P. Faher, /e Créateur et la créature, à la fin du chapitre intitulé : le Grand nombre des Croyants. « Dieu est infiniment miséricordieux pour chaque àrae, nul n'a jamais été. ni ne sera jamais perdu par surprise, ou victime de son ignorance. Et quant i ceux qui peuvent être perdus, je crois avec confiance que Dieu, pressant, pour ainsi dire, chaque esprit créé dans ses bras, a, parmi les ténèbres de sa vie mortelle, fixé sur lui ses yeux brillants de la lumière de l'amour, et que, si la créature ne possède pas son Créateur, ce n'est que par un acte délibéré de sa volonté. » Ce très remarquable livre, the Creator and llip créature, or the wonders of divme love, Londres, Fiiirns and Oates, nouv. édit. 1886, a éK' traduit en frau(^ais, Paris, Bray et Hetaux.

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les cnoses en soi, un seul péché grief, mortel, suffit pour condamner à la mort éternelle. Il le faut bien. On ne dit pas cela pour etfrayer. On le dit parce que c'est vrai. Et c'est vrai parce que la pureté de Dieu est infinie, sa sainteté inviolable, et que le péché, pire que le néant, met entre ses créatures et lui une distance infinie. Puis les grâces reçues, si précieuses, augmentent encore nos craintes : quel malheur, en effet, et quelle faute de les rendre inutiles!

Tremblement donc, mais aussi confiance. Car, si la notion du péché est ce que nous venons de dire, et si la sainteté de Dieu est infinie, sa miséricordieuse bonté passe nos conceptions. Dieu bon; le prix d'une âme, la personne morale, et le racheté de Jésus-Christ, membre, ami, frère de THomme-Dieu; les ressources infinies, les merveilleuses inventions de Tamuur divin ; celui qui est mort pour le salut des hommes, ayant pour les atteindre des moyens infiniment variés, à nous inconnus ; le miséricordieux réseau dans lequel il nous enveloppe * ; les secours ordinaires manquant, l'acte direct de Dieu qui demeure pos-

1, C'est un mot du P. Faber, dans le livre citéci-dessu» : le Créateur et la créature.

sible; la conversion instantanée dont il y a des exemples éclatants; la grâce invisible atteignant les païens, les infidèles, ceux qui ont précédé le Christ : oh! vraiment, le Christ en croix embrasse le monde : il est affaissé, tiré, pendu à la croix, mais ses bras sont ouverts. Il attire tout à soi, omnla traham ad ine ipsum^ . Il est là, réconciliant en soi toutes choses, omnia reconcilians sibi^ . Et les théologiens disent que pour sauver une âme de bonne volonté au pays des plus affreux sauvages, il lui enverrait un ange plutôt que de la laisser périr. C'est faire preuve de peu de sens que de sourire : l'étrange hypothèse n'est que l'expression de la confiance en l'invisible action miséricordieuse de Dieu. Ne rétrécissons pas Dieu. Croyons-le capable d'atteindre les âmes autrement que selon l'ordre visible par lui établi. Est-ce que tous les jours, sur tous les autels du monde, il n'est pas dit que le sacritice est offert pour notre salut et celui du monde tout entier, pro nostra et totius mundi sainte*?

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