Ordinaire de la messe, à l'oblation du ralics
368 CHAPITRK XIVIl.
Le salut donc est possible pour tous. Combien y a-t-il d'élus ? Nous ne le savons pas et nous n'avons pas besoin de le savoir. Ce qui importe, ce sont les conditions du salut, celles qui nous regardent.
La vie chrétienne- se résume en un mot : A.imer ; aimer Dieu et le prochain ; aimer d'un amour généreux, effectif, non en paroles, en discours, mais en acte.
Le modèle primitif de Tamour est dans la Trinité divine, où le Père donne tout au Fils, où le Père et le Fils donnent tout à l'Esprit, et où, par un ineffable retour, la vie divine revient en quelque sorte de l'Esprit au Fils, de l'Esprit et du Fils au Père. Modèle mystérieux, absolument transcendant, de l'amour et du don. Plus près de nous, un autre modèle, le sacrifice de la croix, Dieu donnant sa vie pour nous, Jésus-Christ mourant pour l'amour de nous: la vie subissant la mort et par sa mort produisant la vie.
Il faut aimer Dieu. Donc, renoncer à tout plutôt que d'offenser Dieu. Quiconque ne renonce pas, d'esprit et de cœur, à tout ce qu'il a, beau-
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coup plus à tout ce qu'il n'a pas et quMl ne peut avoir sans injustice ou sans violer l'ordre de Dieu, est incapable d'être le disciple de Jésus-Christ*.
Aimer Dieu ainsi, c'est l'essentiel. La pratique de cet essentiel peut aller jusqu'à l'héroïsme. Il faut mourir plutôt que de commettre une injustice. Il faut mourir plutôt que de renier sa' foi de chrétien.
La vie chrétienne est fondée sur le renoncement. Cela se comprend.
Rien de grand nulle part ni jamais, nous l'avons Vu, sans effort pour se contenir, pour se retenir, aussi pour s'abstenir de ceci ou de cela. Aucune virilité sans cela. Aucune vie noble, généreuse , puissante , si l'on ne sait mourir, si l'on n'est disposé à mourir. Platon entrevoit la convenance, la beauté, les salutaires effets de la mortification. Le Christianisme, fondé sur la croix, déclare la mortification essentielle. Non que le corps soit par lui-même un mal. Loin de là: il sera glorifié, comme le corps du
1. Bourdaloue, 2» Avent, 3« dimanche, sur la Sévérité évangéligue, l" partie. Cf. Carême, lundi de la 5» semaine, sur l'Amour de Dieu, et 3» dimanche aprè." la Pentecôte, sur la Scvérilé chrétienne.
370 CHAPITRE lIVll.
Christ ; ia résurrection de la chair, sur le modèle de la résurrection du Christ, est promise et attendue. Mais, par suite du péché, le corps est souvent obstacle et danger. On le châtiera donc. On méprisera, d'une certaine manière, on haïra, s'il le faut, on sacrifiera le corps et tout ce qui en dépend, le plaisir, la richesse, fascinante et vaine, dangereux réseau*, fascination de la bagatelle, fascinatio nugacitatis'^ . On se séparera de tout cela pour vivre de la vie spirituelle. On se mortifiera, parce que la pénitence est nécessaire, parce qu'il faut réparer le péché par l'expiation, parce qu'il faut accomplir en quelque sorte ce qui manque à la passion du Christ en souffrant soi-même en union avec lui*. Dans cet esprit, on acceptera toutes les misères de la vie. Dans cet esprit aussi, on tiendra mortifiées toutes les puissances de l'âme. D'un mot on voudra être conforme à Jésus-Christ, et Jésus- Christ meurt crucifié*.