‹ Le prix de la vieChapitre 99 sur 108 · Évangile selon saint Matthieu» xin, 37, 3S · texte numérisé non relu

Évangile selon saint Matthieu» xin, 37, 3S

siste à donner et à recevoir. Dieu donne et ne reçoit pas. Toute créature raisonnable reçoit et donne. C'est l'amour qui réalise cela excellemment. Et ainsi le monde, que Dieu a créé, exprime la Perfection et Excellence divine.

Je comprends maintenant toutes ces formules par lesquelles on essaie de définir le tout de la vie. Exprimer Dieu, ressembler à Dieu, vivre comme Dieu, toutes proportions gardées ou plutôt avec et malgré une disproportion infinie ; aimer, aimer Dieu: d'où aimer les autres hommes, leur vouloir du bien, leur faire du bien; donc garder l'ordre que Dieu établit, accomplir l'ordre que Dieu veut ; et encore, en tout vouloir ce que Dieu veut : vouloir la fin que Dieu veut, et vouloir Tordre que Dieu veut.

Cela étant, une double tendance apparaît. Nous l'avons signalée au précédent chapitre, il y faut revenir ici. Deux formes de vie s'offrent, répondant à la double tendance que l'on découvre au sein de la morale chrétienne et de toute morale.

On peut tacher de vivre déjà dès ce monde, s'il se peut, de la vie supérieure, et pour cela

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on se retire sur les hauteurs. On s'abstient de beaucoup de choses. On supprime autant que possible dans sa pensée, dans ses désirs, en fait, tout le corporel, tout le matériel, puis tout l'humain ; la curiosité intellectuelle après les mouvements des sens, par exemple ; on vit le moins possible de la vie humaine.

On peut, au contraire, agir beaucoup, déployer toutes ses forces, toutes ses ressources, selon la règle, sans doute, et même avec un esprit de renoncement, et avec renoncement effectif, quand il le faut, mais sans craindre de se mouvoir, de marcher, de vivre, se disant plutôt que c'est à se mouvoir, à marcher, à vivre, que consiste la vertu.

Entre ces deux points de vue il y a une sorte d'antinomie. C'est de tous les temps. Platon transporte le Sage dans le monde intelligible, et il souhaite que le Sage gouverne les cités. Aristote, quand il cherche où est le vrai but et le vrai prix de la vie, hésite entre la vie pratique et la vie contemplative, et s'il dit que la vie pratique n'est elle-même que par la Pensée qui la remplit et l'anime pour dire ensuite que la Pensée est action, il n'arrive pas néanmoins à

dissiper toute difficulté. Cicéron admire ceux qui, vivant chasteoient, saintement, caste^ sancte, imitent dans des corps d'hommes la vie. des dieux, deorum vitam in corpore imitati^^ et iî propose aux nobles âmes comme but de la vie de rendre à la cité romaine l'antique vigueur en y ramenant par leur action les mœurs antiques et les antiques institutions, tempérées, améliorées, animées d'un esprit nouveau', car enfin, tout le prix de la vertu est dans l'action, virtutis laits omnis in actione consistit, et la vertu par excellence est la vertu sociale*.

Dans le Christianisme nous trouvons la même antinomie. Leg cénobites, les ascètes, les solitaires, les anachorètes, les moines, quittent le monde, et il y a des chrétiens qui vivent dans le monde, il y a ceux qui s'occupent des choses de ce monde, et cela dans l'ordre spirituel même; il y a ceux qui mettent toute leur vertu à ne plus faire rien de ce qui occupe, préoccupe, trouble, passionne les hommes, et il y a ceux qui sont chargés- de grandes affaires, affaires

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