‹ Le prix MartinChapitre 35 sur 44 · SCÈNE II LA BONNE, EDMOND, BATHILDE · texte numérisé non relu

SCÈNE II LA BONNE, EDMOND, BATHILDE

LA BONNE

Il est bon garçon, mais il aime trop les cartes.

VOIX d'edmond, au dehors. Holà! du monde!

LA BONNE, remontant.

Ah! des voyageurs... enfin. (Edmond entre avec Bûthilde. Ils sont en costume de voyage.)

* Pioûceux, La Bonne.

EDMOND*

Avez-vous une chambre?

LA BONNE

Ouij monsieur.

EDMOND

Avec un grand lit et deux oreillers!

BATHILUE.

Et un piano!

LA BONNE

Ah! c'est que...

EDMOND

Quoi?

LA BONNE

Nous n'avons que des petits lits en fer... pour un.

BATHILOE.

Ah!

LA BONNE

Monsieur et madame désitent-ils un guide pour visiter la sublime horreur?...

BATHILDE

La sublime horreur?

LA BONNE

Oui... la chute de l'Aar...

EDMOND

Non... plus tard.

LA BONNE, après avoir cocsultc une arJoise suspendiip à tlroile.

Je puis vous donner la chambreno4... deux lits jumeaux, séparés par une simple table de nuit en bois de sapin...

EDMOND, a Bathilde.

Ils sont jumeaux. (\ la bonne.) C'est bien... Nous prenons le no 4.

LA BONNE

11 sera prêt dans une minute. (Elle sort à droite). * Balhilde, Edmond, La Bonne.

76 LK rillX MARTIN

SGÈiNE m EDMOND, BATIIILDE.

(A peine la bonne est-elle sortie que Bathilde se mel à pleurer.)

BATHILDE, pleurant.

Ah 1 mon Dieu! mon Dieu ! (Elle va s'asseoir près de la table.)

EDMOND

Eh bien! qu'est-ce que tu as?... tu souffres?

BATHILDE

Non!... (Pleurant.) La Suisse m'ennuie!

EDMOND

Allons bien! Voyons, un peu de courage!... puisque nous y sommes... Depuis deux jours je ne te reconnais plus... Tu es triste... presque maussade.

BATHILDE, pleurant.

Je n'ai pas de lettre de maman!

EDMOND, la relevant, après l'avoir embrassée.

Il en viendra des lettres de maman... calme-toi... (Bathilde passe à droite *.) Ce n'est pas une raison pour faire des impolitesses aux étrangers, tout à l'heure encore, tu as brusquement quitté la famille Martin, en mettant ton cheval au trot.,.

BATHILDE

Tiens! si tu crois que c'est amusant de voyager avec ces gens-là! Depuis Ghamounix ils ne nous quittent pas d'une minute, nous ne sommes jamais seuls... Moi je ne comprends pas la Suisse comme ça!

EDMOND

Ma chère^ il y a des relations du monde qu'il faut savoir cultiver.

* Edmond, Bathilde.

BATHILDE

Je ne suis pas venue en Suisse pour cultiver des relations... Je suis venue pour me promener avec mon mari... sans personne... Du reste le pays n'est pas joli par ici.

EDMOND

Par exemple ! des montagnes, des cascades, des torrents l

BATHILDE

Et monsieur et madame Martin!... et leur sauvage!... et le petit vieux qui a toujours peur de se refroidir! (Calioe.) Si tu veux nous retournerons à Genève où il y a de si bons hôtels 1

EDMOND

Et la chute deTAar?...

BATHILDE

Oh! la chute de l'Aar !... Est-ce que tu y tiens?

EDMOND

Non.,, mais il faut pouvoir dire qu'on l'a vue... Sans cela, à Paris, tout le monde s'écrierait : Gomment! vous n'avez pas vu la chute de FÂar! Ah! ils n'ont pas vu la chuté de l'Aar!... Ce serait un voyage raté...

BATHILDE

Eh bieni nous y jeterons un coup d'œil demain, en nous en allant.

EDMOND

G'est çi... il faut être consciencieux.

SCÈNK IV Les Mémes^, LOISA, HERNANDEZ, puis La BONNE.

(loïsa porte un costume de moDtigno et ua bâtOQ l'erré. Hernandez tient k la maia ud énorme sapin en guise de bâton].

HERNANDEZ, à Loïsa.

Entrez, madame. Dieu vous garde!

LOÏSA, entrant et aporcovant Balhilde . Enfin vous voilà! mais comme vous avez couru!...

BATIIILDE.

C'est mon cheval qui s'est emporté...

LOÏSA

11 nous a été impossible de vous suivre... comme monsieur était à pied...

HERNANDEZ

Oui, la marche développe le muscle.

EDMOND, examinant le bâton d'HerDandez.

Ah!... qu'est-ce que c'est que ça?

HERNANDEZ

C'est une canne que j'ai herborisée sur la route.

LOÏSA, à part, avec admiration.

Quel homme ! il est prodigieux !

BATHILDE

Mais je ne vois pas M. votre mari et M. Montgommier?

LOÏSA

Ils vont arriver. Ils ont voulu pousser tout de suite jusqu'à la chute de l'Aar.

EDMOND

Sans même s'arrêter à l'hôtel? Quelle impatience !

LOÏSA

Mon mari rêve de ce spectacle depuis que nous sommes en route.

HERNANDEZ, à part.

Je l'ai remonté... il veut en finir.

LA BONNE, entrant de droite, deuxième plan, à Edmond.

Monsieur, votre chambre est prête.

BATHILDE, bas à Edmond.

Allons-nous-en vite! (saïuaLt.) Madame... Monsieur... (Bas k Edmond, en sortant.) Non! je ne comprends pas la Suisse comme ça !

* Edmond, Baihilde, Loïsa, Hernandez.

LE PRTX MARTIN 79

EDMOND, la suivant.

Mais puisqu'ils sont jumeaux! (Edmond et Bathilde sortent à droite, deuxième plan.)

L\ BONNE, à Hernandez*.

Monsieur et Madame désirent-ils un guide pour visiter la sublime horreur?

HERNANDEZ

Quoi?

LA BONNE

La chute de l'Aar.

HERNANDEZ

Plus tard... Quand nous serons casés... Couche-t-on dans ta bicoque?

LA BONNE

Parfaitement... je puis vous offrir le no 7. Deux lils jumeaux séparés par une simple table de nuit.

LOIS A, pudiquement.

Deux lits jumeaux!...

LA BONNE

Dame! nous n'avons pas de lit de ménage... HERNANDEZ, posant son arbre sur le pied de la bonne. (Bas.) Tentatrice!

LA BONNE

Aïe! (a part.) Qu'est-ce qu'il a?

LOÏSA

C'est quatre chambres qu'il nous faut.

LA BONNE, étonnée.

Quatre chambres!... (a part.) Pour deux!

HERNANDEZ

Val dépêche-toi. (ll va déposer son arbre à gauche.) LA BONNE, sortant, à part.

Ils se dédoublent alors. (Elle sort h. gauche.) * Loïse» Hernandez, La Bonne.

Page 1