SCÈNE II LA BONNE, EDMOND, BATHILDE
LA BONNE
Il est bon garçon, mais il aime trop les cartes.
VOIX d'edmond, au dehors. Holà! du monde!
LA BONNE, remontant.
Ah! des voyageurs... enfin. (Edmond entre avec Bûthilde. Ils sont en costume de voyage.)
* Pioûceux, La Bonne.
EDMOND*
Avez-vous une chambre?
LA BONNE
Ouij monsieur.
EDMOND
Avec un grand lit et deux oreillers!
BATHILUE.
Et un piano!
LA BONNE
Ah! c'est que...
EDMOND
Quoi?
LA BONNE
Nous n'avons que des petits lits en fer... pour un.
BATHILOE.
Ah!
LA BONNE
Monsieur et madame désitent-ils un guide pour visiter la sublime horreur?...
BATHILDE
La sublime horreur?
LA BONNE
Oui... la chute de l'Aar...
EDMOND
Non... plus tard.
LA BONNE, après avoir cocsultc une arJoise suspendiip à tlroile.
Je puis vous donner la chambreno4... deux lits jumeaux, séparés par une simple table de nuit en bois de sapin...
EDMOND, a Bathilde.
Ils sont jumeaux. (\ la bonne.) C'est bien... Nous prenons le no 4.
LA BONNE
11 sera prêt dans une minute. (Elle sort à droite). * Balhilde, Edmond, La Bonne.
76 LK rillX MARTIN
SGÈiNE m EDMOND, BATIIILDE.
(A peine la bonne est-elle sortie que Bathilde se mel à pleurer.)
BATHILDE, pleurant.
Ah 1 mon Dieu! mon Dieu ! (Elle va s'asseoir près de la table.)
EDMOND
Eh bien! qu'est-ce que tu as?... tu souffres?
BATHILDE
Non!... (Pleurant.) La Suisse m'ennuie!
EDMOND
Allons bien! Voyons, un peu de courage!... puisque nous y sommes... Depuis deux jours je ne te reconnais plus... Tu es triste... presque maussade.
BATHILDE, pleurant.
Je n'ai pas de lettre de maman!
EDMOND, la relevant, après l'avoir embrassée.
Il en viendra des lettres de maman... calme-toi... (Bathilde passe à droite *.) Ce n'est pas une raison pour faire des impolitesses aux étrangers, tout à l'heure encore, tu as brusquement quitté la famille Martin, en mettant ton cheval au trot.,.
BATHILDE
Tiens! si tu crois que c'est amusant de voyager avec ces gens-là! Depuis Ghamounix ils ne nous quittent pas d'une minute, nous ne sommes jamais seuls... Moi je ne comprends pas la Suisse comme ça!
EDMOND
Ma chère^ il y a des relations du monde qu'il faut savoir cultiver.
* Edmond, Bathilde.
BATHILDE
Je ne suis pas venue en Suisse pour cultiver des relations... Je suis venue pour me promener avec mon mari... sans personne... Du reste le pays n'est pas joli par ici.
EDMOND
Par exemple ! des montagnes, des cascades, des torrents l
BATHILDE
Et monsieur et madame Martin!... et leur sauvage!... et le petit vieux qui a toujours peur de se refroidir! (Calioe.) Si tu veux nous retournerons à Genève où il y a de si bons hôtels 1
EDMOND
Et la chute deTAar?...
BATHILDE
Oh! la chute de l'Aar !... Est-ce que tu y tiens?
EDMOND
Non.,, mais il faut pouvoir dire qu'on l'a vue... Sans cela, à Paris, tout le monde s'écrierait : Gomment! vous n'avez pas vu la chute de FÂar! Ah! ils n'ont pas vu la chuté de l'Aar!... Ce serait un voyage raté...
BATHILDE
Eh bieni nous y jeterons un coup d'œil demain, en nous en allant.
EDMOND
G'est çi... il faut être consciencieux.
SCÈNK IV Les Mémes^, LOISA, HERNANDEZ, puis La BONNE.
(loïsa porte un costume de moDtigno et ua bâtOQ l'erré. Hernandez tient k la maia ud énorme sapin en guise de bâton].
HERNANDEZ, à Loïsa.
Entrez, madame. Dieu vous garde!
LOÏSA, entrant et aporcovant Balhilde . Enfin vous voilà! mais comme vous avez couru!...
BATIIILDE.
C'est mon cheval qui s'est emporté...
LOÏSA
11 nous a été impossible de vous suivre... comme monsieur était à pied...
HERNANDEZ
Oui, la marche développe le muscle.
EDMOND, examinant le bâton d'HerDandez.
Ah!... qu'est-ce que c'est que ça?
HERNANDEZ
C'est une canne que j'ai herborisée sur la route.
LOÏSA, à part, avec admiration.
Quel homme ! il est prodigieux !
BATHILDE
Mais je ne vois pas M. votre mari et M. Montgommier?
LOÏSA
Ils vont arriver. Ils ont voulu pousser tout de suite jusqu'à la chute de l'Aar.
EDMOND
Sans même s'arrêter à l'hôtel? Quelle impatience !
LOÏSA
Mon mari rêve de ce spectacle depuis que nous sommes en route.
HERNANDEZ, à part.
Je l'ai remonté... il veut en finir.
LA BONNE, entrant de droite, deuxième plan, à Edmond.
Monsieur, votre chambre est prête.
BATHILDE, bas à Edmond.
Allons-nous-en vite! (saïuaLt.) Madame... Monsieur... (Bas k Edmond, en sortant.) Non! je ne comprends pas la Suisse comme ça !
* Edmond, Baihilde, Loïsa, Hernandez.
LE PRTX MARTIN 79
EDMOND, la suivant.
Mais puisqu'ils sont jumeaux! (Edmond et Bathilde sortent à droite, deuxième plan.)
L\ BONNE, à Hernandez*.
Monsieur et Madame désirent-ils un guide pour visiter la sublime horreur?
HERNANDEZ
Quoi?
LA BONNE
La chute de l'Aar.
HERNANDEZ
Plus tard... Quand nous serons casés... Couche-t-on dans ta bicoque?
LA BONNE
Parfaitement... je puis vous offrir le no 7. Deux lils jumeaux séparés par une simple table de nuit.
LOIS A, pudiquement.
Deux lits jumeaux!...
LA BONNE
Dame! nous n'avons pas de lit de ménage... HERNANDEZ, posant son arbre sur le pied de la bonne. (Bas.) Tentatrice!
LA BONNE
Aïe! (a part.) Qu'est-ce qu'il a?
LOÏSA
C'est quatre chambres qu'il nous faut.
LA BONNE, étonnée.
Quatre chambres!... (a part.) Pour deux!
HERNANDEZ
Val dépêche-toi. (ll va déposer son arbre à gauche.) LA BONNE, sortant, à part.
Ils se dédoublent alors. (Elle sort h. gauche.) * Loïse» Hernandez, La Bonne.