CHAPITRE V
La comparaison est un acte de notre esprit qui n'a rien d'arbitraire. Pour être correcte et valable, elle doit s'accomplir dans des conditions bien déterminées. Notre intention, dans ce chapitre, est d'en rappeler les plus essentielles et d'en faire l'application à la comparaison des opinions entre elles, surtout de deux opinions contraires, en supposant leur possibilité. Question de première importance pour juger de la valeur des systèmes modernes de probabilité morale.
La première condition à réaliser par les choses comparables, c'est une certaine convenance ou unité de nature.
La comparaison ne fait pas les choses sur lesquelles elle s'exerce : elle les suppose. Son œuvre propre est d'opérer un rapprochement entre deux termes, en les soumettant à une mesure commune : ce qui est inconcevable pour des choses entièrement disparates. Il y a homogénéité nécessaire entre la mesure et le mesuré. Cependant une simple communauté de vocable ne saurait suffire. Il ne suffit pas que les choses à comparer soient
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désignées par le même mot, dit Atistote ; esse œquivoca * : elles doivent posséder un caractère commun pris dans leur propre nature. Ainsi on ne comparera pas une note aiguë à un angle aigu. Ce rapport existe dans les mots seulement. Néanmoins toute sorte de parenté de nature ne peut être le fondement dune comparaison légitime. Ainsi l'unité purement générique n'en fournit pas la matière ; car la comparaison ne porte pas sur un élément commun et abstrait, participé d'une manière univoque : non est comparabile secandnni qiiod de eis prsedlcatur V
Dans ce cas, il est vrai, les termes sont identiques, comme la chose signifiée ; mais étant indiscernables ils ne peuvent être comparés. Tout ce qu'on peut faire, dans ces conditions, c'est de constater que le même est le même, c'est-àdire affirmer un rapport d'identité. Et encore un tel rapport n'est pas réel ; mais de raison pure : car la relation du même au même n'existe que dans et par notre esprit : idem ad seipsum non referlur aligna relaiione reali '. La coiîïparaison elle-même d'égalité suppose une distinction entre ses deux termes.
L'unité générique strictement prise ne satisfait donc pas aux exigences d'une comparaison véritable. Autre chose est nécessaire pour pouvoir établir une comparaison entre deux données : l'unité spécifique, leur participation à une même forme ou qualité. C'est l'enseignement de saint Thomas : ea qnœ sunt unius generis non sunt comparabilia * : quœ vero sunt unius