Albhthtus m. Ethicor., Ub. VII, tract. I, cap. IL
i88 CRITIQUE DE LA PROBABILITÉ COMPARÉE
supérieur en intensité que deux formes ou qualités s'excluent, mais bien en vertu de leur contrariété spécifique : supprimez cette raison fondamentale, vous n'en trouverez plus aucune autre vraiment efficace '.
En tout cas, ce n'est pas dans le plus et le moins que vous la rencontrerez. Le plus et le moins comme le parfait et l'imparfait sont en opposition directe dans le même sujet sous le même rapport ; mais ils ne sont pas dans des sujets distincts participant à une même qualité dans une mesure diverse. C'est même la condition essentielle de leur réalisation. D'où il suit que si deux opinions ne sont pas exclusives l'une de l'autre par l'effet de leur contrariété spécifique, elles ne pourront pas l'être par un degré supérieur de probabilité de l'une d'elles. Carie plus et le moins ne sont pas incompatibles et ne se font nul tort l'un à l'autre dans des sujets différents.
Ces considérations que nous venons de rappeler brièvement fournissent une réponse à toutes les difficultés qui tendent à prouver la comparabilité de deux opinions contraires par leur coexistence possible. Il nous reste maintenant à résoudre d'autres objections qui visent plus directement les conditions mêmes de la comparaison.
1° Quoi qu'il en soit des lois qui régissent toute comparaison véritable telles que nous les avons exposées, saint Thomas n'en dit pas moins dans un passage de la Somme Théologique : ea quae non sunt in eodem génère nuUo modo comparabilia sunt *. D'où l'on peut conclure qu'il
1. — L'anlinomie que nous relevons ici, atteint tout particulièrement les PROBABiLiOKisTEs, qui après avoir admis la coexistence et la légitimité de deux opinions malgré leur contrariété spécifique, cherchent ensuite un motif d'éuiction dans un degré supéi'ieur de probabilité de l'une d'elles.