‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 112 sur 162 · Albbrtus m. Topic, Ub. I, tract. II, cap. IV · texte numérisé non relu

Albbrtus m. Topic, Ub. I, tract. II, cap. IV

2° // est dit dans la déjinition même de l'opinion que l'esprit s'y porte vers une partie de la contradiction plutôt qut vers l'autre : declinans in unain parteni magis quani in aliam. Ces mots semblent bien indiquer une comparaison en plus et en moins.

A première vue, on pourrait le croire. Mais il n'en est rien. Le mot magis signifie tout simplement ici que l'adhésion de notre esprit est la conséquence d'un choix, d'une préférence raisonnée : choix qui implique l'abandon total de l'autre partie. Dans ces conditions nous ne sommes plus en présence de deux propositions, participant à une même qualité, dans une mesure égale ou différente. C'est exactement le contraire qui a lieu. L'une de ces deux propositions est reconnue, après examen, comme étant dépourvue de la qualité en question : c'est précisément ce qui permet à notre esprit de se déterminer dans l'autre sens. 11 reste entravé, nodatus, tant qu'il subsiste une force opposante d'unevaleur dynamique constatée.

Dans tout ceci, se cache une illusion très commune. On s'imagine qu'il en est de l'opinion, œuvre tout intellectuelle, comme d'une œuvre à réaliser dans la pratique. Dans ce dernier cas, les moyens qui se présentent pour atteindre le but qu'on se propose, n'ont pas tous la même valeur. Le choix que l'on fait de l'un d'eux n'implique pas toujours le manque total de bonté des autres. 11 peut bien ne signifier qu'une chose : à savoir qu'il y a du plus et du moins parmi eux. Et c'est bien souvent ainsi que les choses se présentent de fait. On pourrait à la rigueur obtenir le même résultat en faisant un autre choix, en usant d'un autre procédé.

On est tenté, disons-nous, d'envisager les choses de l'opinion et, en particulier, la détermination intellec-

tuelle qu'elle suppose de la même manière. Ainsi on s'arrêterait à une conclusion tout en reconnaissant qu'on pourrait conclure et se déterminer autrement. Si on ne le fait pas soi-même, d'autres pourraient le faire. Tout au plus l'autre solution paraît-elle moins probable, comme de deux moyens qui se présentent pour atteindre un but l'un est jugé moins apte que l'autre.

Pour des raisons que nous avons maintes fois exposées, cette conception de l'opinion n'est pas admissible. Nous nous bornerons ici à critiquer le rapprochement qui vient d'être fait entre le choix des moyens pratiques en vue d'une œuvre à réaliser et l'acte d'assentiment qui met fin à la recherche dans l'opinion. Il existe certainement quelques analogies entre les deux formes de délibération dont nous venons de parler : nous les avons soulignées et utilisées déjà. Mais elles ne doivent pas nous faire perdre de vue les différences irréductibles qui existent par ailleurs dans les deux cas.

Dans l'un, nous sommes sur le terrain de la vérité pratique : c'est-à-dire de la vérité qui résulte pour une chose de sa coadaptation à une fin donnée. Ce n'est donc pas de sa valeur absolue qu'il s'agit ; mais de sa valeur de moyen. En d'autres termes c'est la fin à obtenir qui est la cause et la mesure du vrai dans le domaine de l'action, comme les prémisses ou les principes le sont dans le raisonnement spéculatif: d'où il résulte que de l'objet de l'intellect pratique rien n'est autre que le bien rapporté à une fin sous l'aspect du vrai : bonum ordinabile ad opus sub ratione veri '. Or un tel rapport n'a rien d'absolu : tout y est

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