‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 114 sur 162 · Sx TuoMAS. /. //, quaest. XIII. art. VI · texte numérisé non relu

Sx TuoMAS. /. //, quaest. XIII. art. VI

DE LA COMPARAISON DfS OPINIONS ENTRE ELLES 193

lectœ — ne laisse place à aucune appréciation contraire el ne saurait admettre du plus ou du moins sans erreur manifeste. Cela s'applique aussi bien aux jugements d'opinion qu'aux autres: car par eux nous entendons bien nous pronoucer sur l'être de la chose et par conséquent, exprimer une vérité : intendimus vera dicere. C'est pourquoi tout jugement contraire est aussi inconcevable que deux définitions contraires d'une même chose.

La distinction à laquelle on a recours pour échapper à cette conclusion n'est pas heureuse. Il est bien vrai, diton, que deux jugements d'opinion ne peuvent être simultanément portés ou acceptés par notre esprit; mais rien n'empêche que l'un ne soit explicitement adopté par nous et que, par une action réflexe, on ne juge l'aptitude de l'autre partie de la contradiction à notre assentiment : non poiest de altéra parte habere opinionem tanquam actuni informanleni et simul reccptum in intellccla : poiest tamen habere opinionem tanquam subjectum de quo réflexe dicat quod sit opinio prudenter eligibilis '. Cette distinction ne fait nullement disparaître l'opposition contradictoire qu'on cherche à éluder.

Elle revient à dire qu'il n'y a aucun inconvénient à ce qu'une opinion étant effectivement adoptée et vécue, l'autre contraire, puisse subsister à l'état de puissance, d'aptitude ou de simple indication directrice. Mais c'est en vain qu'on croit échapper de la sorte à toute contradiction. Celle-ci reste, quant au fond et à la substance des deux données en présence : elle reste comme cause

1. — Croix. Cité par V. Pattuzzi, de Proxima humanorum actaum re<jala in opinionum deUctu, pars II' cap. II.

LE PROD.\BILISME MORAL ET L.K PHILOSOPHIE. 13.

prochaine d'actes absolument incompatibles. L'opposition ne s'accuse pas moins entre les tendances qu'entre les actes. Elle est aussi opérante dans un cas que dans l'autre. Ainsi on ne supprime pas la difficulté, on la recule tout au plus. La chose est bien évidente, s'il n'est question que d'une différence relative à l'usage et à la pratique entre les deux opinions, car il est tout à fait secondaire et accidentel pour une idée, d'être ordonnée ou non à la pratique : accidit aliciii apprehenso per intellectnm, quod ordinetur ad opus vel non ordinetur '. Que de deux directives ou opinions l'une devienne effectivement principe moteur d'exécution, tandis que l'autre demeure sans emploi, cela ne change en rien les rapports qu'elles soutiennent entre elles.

L'évaluation de ces rapports du point de vue de la pure connaissance est indépendante de tout usage. Car sur le terrain doctrinal, nous devons juger des choses d'après ce qui leur convient par elles-mêmes et non accidentellement, en raison d'autre chose. Il s'ensuit que la question concernant l'incompatibilité de deux opinions est antérieure à la pratique : les deux jugements qu'elles supposent sont complets dans leur genre. Et s'ils ne peuvent pas être efficacement voulus et réalisés en même temps, c'est une conséquence de leur contradiction foncière et antérieure à toute intention ou usage pratique.

Admettons maintenant que l'une des deux opinions, en tant que formulée explicitement, représente l'acte, et l'autre, non formellement énoncée ou adoptée, représente la

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