AxToi.NE, De Cons., cap. }V\ q. III
d'après les explications que nous venons de donner, ce qu'il faut penser d'une telle certitude. En bonne philosophie et au regard de l'opinion sainement conçue, il ne faut voir dans ce que vous nommez probable ou plus probable que des points d'arrêt de la recherche, ou ce qui revient au même, du devenir de l'opinion. En leur donnant une valeur certaine, on les immobilise et solidifie indûment. Ils ne peuvent même pas soutenir entre eux un rapport fixe.
Tout, dans l'état de choses dont il s'agit, tire sa véritable valeur du terme encore éventuel et problématique de la recherche. Encore une fois, de même qu'il n'est pas possible de considérer comme certainement nécessaire, un moyen qui n'est pas apte à motiver présentement un jugement de science ; de même il n'est pas possible de qualifier de certainement probable, un moyen qui n'est pas, dans son état actuel de connaissance, apte à motiver un jugement d'opinion. Vous ne pouvez parler tout au plus, dans de telles conditions, que d'une position éventuellement ou douteusement probable ; mais de probabilité pure et simple, il ne saurait être qiiestion, attendu qu'elle est encore dans une période de formation, contingente quant au résultat final. C'est pourquoi, ditsaint Thomas, nousn'avonsen pareilcas qu'un premier rudiment d'opinion : non fit complète opinio vel fides. C'est ce que, dans le système moderne de probabilité, on a pris pour l'opinion, au sens vrai et philosophique du mot. Et il le fallait bien, du moment qu'on mettait en présence deux opinions contraires sur le même objet et en les comparant en plus et en moins sous le rapport de la probabilité.