‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 122 sur 162 · Cajetanus. Commentar. III, qusest. LU, art. I · texte numérisé non relu

Cajetanus. Commentar. III, qusest. LU, art. I

l'explication philosophique qu'on peut en donner. Les choses reçoivent leur détermination spécifique de deux manières : 1° d'un caractère constitutif et intrinsèque sans aucun rapport à un autre objet. Ces choses sont non seulement invariables en substance, mais elles n'admettent aucune différenciation intensive, leur forme ou élément spécifique étant absolu, comme divin, éternel, immense, parfait, unique, universel ; 2° il en est d'autres qui sont spécifiées par un objet qui leur est, en quelque sorte, extérieur. C'est dans leur rapport avec ce dernier qu'elles trouvent leur raison d'être, leur différence spécifique. Et c'est précisément ce qui les rend susceptibles de plus et de moins, sans aucun dommage pour leur fixité spécitique. Celle-ci leur est assurée par l'unité de l'objet auquel elles se rapportent. Comme, par ailleurs, elles peuvent s'en rapprocher, à des degrés divers, elles peuvent, par le fait même, fonder un rapport de supériorité ou d'infériorité.

Dans ce cas, c'est toujours sous le même aspect, la même raison formelle que l'objet est envisagé et atteint, mais non dans une mesure ayant un caractère de détermination spécifique. C'est ainsi que la science est spécifiée par son objet formel : considérée à ce point de vue, elle n'est pas sujette à varier. Mais en tant qu'elle atteint de plus en plus complètement son objet, qu'elle le met en conclusions toujours plus nombreuses, elle prend de l'extension, elle grandit. Par ailleurs, une conclusion scientifique peut être plus ou moins puissamment tenue par un esprit que par un autre. Sous ce rapport encore nous trouvons le fondement d'une division par degrés. C'est le sujet lui-même qui nous la fournit. Une forme ou qualité est donc extensible : 1° en elle-même ; 2° par sa réalisa -

lisation plus complète dans le sujet qui la possède. Cen'est pas de dire qu'elle puisse exister sans support. Mais comme le fait remarquer saint Thomas, antre chose est ce qui lui convient en raison même de sa nature spécifique, autre ce qui lui convient par suite de sa réalisation plus ou moins parfaite dans le sujet : secundam quod participatur a subjecto '.

Ces notions nous permettent de dégager le fondement du plus et du moins en matière de probabilité. Il en résulte tout d'abord que le probable, quant à ses caractères spécifiques, est invariable : de ce chef, il demeure identique à tous ces degrés. Nous pouvons en déduire ensuite que les conditions de l'opinion ne sont pas les mêmes que celles de la science relativement à l'accroissement et à la diminution. L'objet formel et les principes de la science sont, chacun dans leur genre, tout au moins, universels. Ils contiennent en puissance de multiples conclusions et des applications très étendues. On voit par là les différents degrés de développement qui peuvent s'en suivre. Il n'en est pas ainsi de l'opinion. Le contingent étant son domaine, elle ne peut avoir d'objet ni de causes vraiment universelles : les conclusions auxquels on aboutit, dans ces conditions, tiennent beaucoup plus du particulier que du général : l'affirmation ne s'y applique pas à un sujet universel pris universellement ; caria matière contingente s'y oppose, par définition. L'opinion ne saurait donc s'étendre et progresser en extension, à la manière de la science, par une exploration plus large et plus complète de son objet.

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