‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 124 sur 162 · Stlvester Prieras. Summa-Verbum Ofinio · texte numérisé non relu

Stlvester Prieras. Summa-Verbum Ofinio

mièrecondition à réaliser pour les chosescomparables, elle l'est tout autant pour les choses susceptibles de plus et de moins.

A vrai dire ces deux questions n'en font qu'une. Le plus et le moins nr'ont de sens que par rapport à une nature ou qualité de même espèce. Avec des éléments disparates la comparaison de supériorité et d'infériorité ne signifie plus rien, pasplus que l'addition strictement prise. Or les opinions contraires manquent de la condition fondamentale dont nous parlons, quand il s'agit d'établir entre elles un rapport de p^is et de moins de probabilité. Elles constituent une matière disparate par définition.

Qu'on les prenne dans le jugement formel qu'elles impliquent, ou dans les raisons déterminantes de ce jugement, elles n'ont pas l'homogénéité spécifique nécessaire. Il ne se* t à rien d'objecter qu'elles présentent un caractère commun, puisqu'elles sont qualifiées de probables toutes les deux : car raisonner de la sorte, c'est méconnaître pratiquement la distinction entre le genre et l'espèce dans la catégorie du probable : distinction capitale lorsqu'ils'agit d'une comparaisonàétablir entredeux données. Car cette dernière ne saurait avoir pour fondement un élément ou prédicat commun et nécessairement participé, dans la même mesure, par les deux termes, comme c'est le casdel'attribut ^'é/îmçue. Elle exige des termes distincts complètement déterminés et participant à une forme ou qualité extensible dans la même espèce. C'est donc seulement entre deux probables de même qualité qu'une comparaison de plus et de moins est possible. Ce n'est pas le fait de deux opinions contraires. L'une s'exprime par l'afTirmation : v. gr., je suis tenu d'assister à la messe à telle distance de l'église ; l'autre par la négation : je n'y

suis pas tenu à la même distance. Nous avons là, toujours dans l'hypothèse où nous nous sommes placés, deux probabilités particulières spécifiquement difîérentes. C'est ce qu'Aristote appelle So/.ouvTa bfxT.'.-j.. Nous ne sommes plus en présence d'un élément commun et logique à comparer, mais de deux probables opposés l'un à l'autre : or en pareil cas, nous l'avons vu, les règles de la comparaison ne sont plus applicables. Ce qu'elles excluent avant tout c'est la différence spécifique de nature que les opinions contraires réalisent au plus haut degré. C'est pourquoi loin d'être comparables en plus et en moins, elles se détruisent par leur opposition mutuelle et directe.

La philosophie du plus et du moins nous fournit encore d'autres considérations qui peuvent s'appliquer à la matière présente et en faciliter l'intelligence. Elles pourront paraître un peu subtiles ; cependant elles ne manquent pas de portée ni de valeur réelle. Une chose prend du plus et du moins; i°en s'éloignant d'une donnée première et principale qui la contient et l'exprime à son plus haut degré: secundum accessam et recessum ad iinuin quoddicit rem illam in termina ' ; -2" en se libérant de son contraire ou en y participant dans une mesure plus ou moins large: qiiod intensuis et contrario est impermixtius. Cesdeux procédés, du reste, s'accompagnent souvent comme on le verra par la suite. Car ces distinctions exigent quelques commentaires.

Les choses sont dénommées par leurs éléments formels, c'est-à-dire par ce qui est acte en elles et non principe matériel : nomina imponuntar ab eo quod formaliter

i. — Alberïcs De sex principiis, tract. VIII, cap. 2.

2H CniTIQUE DE LA PROBABILITÉ COMPAREE

signijicatar in ipsis cl non ab eo quod in els ut materiale. II s'ensuit que daus les choses susceptibles de plus et de moins le nom, de par son institution première, c'est-àdire dans sa pleine et entière acception, convient et s'applique avant tout à un sujet possédant une forme et qualité au plus haut degré et comme pure de tout mélange. Dans ce cas, en effet, le nom trouve toute sa signification et remplit, en toute vérité, la fonction qui lui appartient. En un mot, il a toute sa valeur sémantique. On comprend, dès lors, comment les anciens pouvaient dire que c'est en s'éloignant ou se rapprochant de la signification jo;'6';??/t'/'e de leur nom, que certaines formes ou qualités de même espèce prennent du plus et du moins : secundiun accessum ad veram nominis i?npositionem \ La chose à laquelle le nom convient ainsi en première ligne, devient par là même, le terme de comparaison, l'unité de mesure de tout le reste dans le même ordre : meirum aJlorum quœ sunt in eadem specie *.

Nous avons dit, en second lieu, qu'une chose prend du plus et du moins, en tant qu'elle se libère de son contraire ou qu'elle retient la nature dans une mesure plus ou moins large. Cela n'a lieu, à vrai dire, que pour les choses dont les contraires s'expriment tous deux par des caractères positifs : par exemple, le froid et le chaud, le blanc et le noir, l'amour et la haine. Le mélange des contraires qui produit les qualités moyennes, les états intermédiaires ne se conçoit pas autrement : si l'un d'eux n'est qu'une simple privation, ils ne sauraient être mêlés

d. — Albertus m. ut supra.

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