‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 13 sur 162 · Albertus m. Ethicor., lib. I, tract. IV, cap · texte numérisé non relu

Albertus m. Ethicor., lib. I, tract. IV, cap

leurs essentiels du raisonnement. Elle a son point de départ dans des principes non seulement vrais, mais encore intrinsèques, immédiats et nécessaires. Elle s'appuie sur la cause spécifique du conséquent : cause par le même universelle, en vertu de cet axiome : quod per se prœdicatur, univers aliter prœdicatur. C'est le procédé suivi, nous l'avons vu, dans les sciences rationnelles et abstraites comme la métaphysique et les mathématiques. Pour ce qui est de la démonstration quia, elle déchoit de cette perfection, se relâche de cette rigueur. Elle invoque, il est vrai, une cause nécessaire ; mais elle n'est pas tirée de la notion même du sujet. C'est ce qui se voit dans la démonstration a posteriori, où l'on prouve par l'effet, par un signe en relation nécessaire avec la chose signifiée. La conséquence dans ce cas est inéluctable ; mais nous ne tenons pas le conséquent par sa cause propre et formelle. Nous ne le connaissons que par des moyens qui lui sont, en quelque sorte, extérieurs. Mais ce procédé, pour n'être pas aussi satisfaisant pour notre esprit que l'autre, n'en aboutit pas moins à la certitude scientifique.

C'est pourquoi les anciens, tout en insistant sur la démonstration dans le plein sens du mot, faisaient une part à la nécessité dans les sciences naturelles et morales : necessaria scibilia, dit saint Thomas, inveniantur etiam in rébus iemporalibus de quibus est scientia naiuralis. En effet, les réalitéssensiblesetindividuellespeuventêtreconnues d'une connaissance intellectuelle et scientifique, tout d'abord dans les caractères communs auxquels elles participent : secundum rationes universales. Ensuite en tant que par l'expérience du semblable, elles peuvent fonder un rapport général dont la loi naturelle est l'expression. Un tel rapport crée une nécessité conditionnelle.

FONDEMEÎÏT ET MATURE DU PHOBABLE 23

On doit en dire autant de la morale, en tant qu'elle a pour objet les actes humains, c'est-à-dire l'homme considéré comme agent volontaire et libre : homo proiil est voluntarie agens propter finem '. En effet, les actes humains peuvent être étudiés théoriquement dans leurs traits essentiels et spécifiques. Sous ce rapport ils appartiennent à la science, non à l'opinion. Ensuite en tant qu'ils procèdent des volontés particulières. Ainsi envisagés, ils n'ont pas à proprement parler, de lois de succession. Les généralisations auxquelles ils donnent lieu, n'ont pas de relation nécessaire avec tel ou tel fait particulier. 11 n'est pas permis en bonne logique de conclure directement de l'un à l'autre. Cependant les actes humains, comme les faits contingents individuellement pris, peuvent fonder une nécessité de conséquence mais toute conditionnelle. Car, pour les actes humains il s'agit, à vrai dire, d'une nécessité que la volonté s'impose à elle-même par une volition antécédente, sous forme de prémisse. Au reste, tout ceci ne pourra que s'éclairer d'une nouvelle lumière en distinguant, avec les anciens, différentes sortes de contingents.

Leur analyse, dans ces questions si délicates de philosophie, était poussée fort loin. Nous ne pouvons les suivre dans toutes leurs explications. Voici l'essentiel de leur pensée. Par nature, le contingent peut être autrement qu'il n'est. 11 ne saurait donc fournir un moyen d'une absolue nécessité. Mais, il n'est pas pour cela exclusif de toute espèce de certitude. Des degrés divers se rencontrent dans la contingence elle-même. iSous avons tout d'abord le contingent qui se présente avec une détermination po-

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