‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 132 sur 162 · I. — St Thomas. Summ. theol., là 2s qaxst. VII, art. II · texte numérisé non relu

I. — St Thomas. Summ. theol., là 2s qaxst. VII, art. II

donne saint Thomas pour l'écarter de îa science se vérifient, dans une large mesure, dans notre cas.

L'être par accident, dit-il, ne fait pas partie du domaine de la science, à cause de son caractère incertain et indéterminé. Or ces raisons appliquées aux degrés de probabilités contraires ne sont pas sans valeur.

Tout d'abord, ils manquent de fixité et de consistance. La multiplicité déconcertante d'appréciations dont ils sont l'objet pourrait à elle seule en fournir la preuve II n'est pas nécessaire d'avoir acquis une bien vaste érudition, en pareille matière, pour pouvoir en témoigner : tous ceux qui ont fait porter leur attention et leurs recherches sur les divergences de vue dont nous parlons n'ont pu se défendre des malignes vapeurs du doute, concernant la portée scientifique de pareilles spéculations, même et surtout en morale. Ils ne peuvent s'empêcher d'y voir une part trop con>idérable de subjectivité pour se croire encore sur le terrain ferme delà science. Si, d'après Aristote et saint Thomas, l'opinion est, par nature, quelque chose de débile et d'incomplètement assuré, que devronsnous dire d'un degré de probabilité ? bien plus, des degrés de qualification dans le plus probable lui-même ? Si le dialecticien avec tous les moyens dont il dispose ne peut forcer l'assentiment de l'adversaire, quelle ne sera pas son impuissance lorsqu'il s'agira de marquer des points d'arrêt dans une série progressivement supérieure et inférieure ?

Un tel objet sort des limites de la science morale : il ne peut, par sa ténuité même, qu'engendrer une prodigieuse diversité de vues. Il apparaît comme la modalité d'une donnée déjà fuyante par elle-même. Si la caractéristique du contingent est de n'avoir pas de cause inva-

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riable — causaux slanlem — que dirons-nous de ce qui n'en représente qu'une simple manière d'être ? Alors la consla.ice et, partant, la généralité de rapport nécessaire à une alfirmation doctrinale seront moralement impossibles à établir. Et cela est particulièrement vrai du probable qui est le contingent tel qu'il résulte d'une opération de notre esprit. Sans doute, toutes les vraisemblances positives et actuellement connues, par leur action convergente, nous donnent le droit de porter un jugement. Mais si l'on admet que ce jugement est porté concurremment avec son contraire, et qu'il y a lieu d'établir une comparaison entre eux, alors l'instabilité la plus complète atteindra les degrés de qualification. Le plus et le moins en tant que relatifs changeront de sujet d'appellation, selon que des motifs nouveaux interviendront dans un sens ou dans l'autre. Et vu la grande difficulté en semblable matière, c'est la porte ouverte à la subjectivité, dont la diversité de qualifications touchant une opinion donnée nous fournit une preuve bien sensible et parfois divertissante.

Nous avons donc une première raison d'écarter de la science les degrés de qualification dont il s'agit, dans leur manque de fixité et de consistance objectives. On peut leur appliquer, à cette même fin, celle que saint Thomas donne ensuite pour refuser tout caractère scientifique à l'accidentel : il la place dans l'indétermination même qu'il implique : propter ejus infinitatem. 11 n'est possible de raisonner que des choses soutenant un rapport nécessaire ou d'une fréquence habituelle avec leur cause. Ce n'est certainement pas le cas de ce qui se produit d'une maniète accidentelle. Il est indéterminé dans sa cause :■ en d'autres termes, il n'a pas de loi de production.

Oq peut en dire autant, en fait, du plus et du moins dans les probabilités contraires. Ils sont le résultat de causes trop complexes, trop petites et trop variables, pour se prêter à une détermination doctrinale, réalisant le degré d'objectivité et de permanence que toute science requiert. On peut les ranger, sans crainte d'erreur, parmi les choses qui ne se vérifient que dans le plus petit nombre de cas ; or, de l'aveu de tous, ces sortes de choses n'appartiennent ni à l'art ni à la science : circa quod est in paucioribus non potest esse ars vel ratiocinalio. En réalité, l'accord des esprits ne se produit guère par le raisonnement, dans la matière dont nous parlons et à laquelle on peut, tout particulièrement, appliquer, encore, cette remarque du B. Albert : certaines contingences existent si imparfaitement dans leurs causes qu'il est impossible d'en saisir la nature à moins d'une très grande subtilité : tam débile esse habent in causis quod nisi miiltum subtiliter speculetur aliqais, qualiter hœc potius swit entis qiiam entia, non deprehendet nataram eorum '. Eu un mot, tout cela demande une telle acribie et apparaît d'une réalisation si problématique, qu'on peut bien le considérer comme dépassant les limites de la science morale : c'està-dire comme ne pouvant fournir une base ferme et stable de systématisation scientifique. On peut même se demander si cette recherche de rigueur, ce raffinement de spéculation n'aboutit pas pratiquement au résultat contraire à celui que se proposent ses auteurs en multipliant les points de vue et la diversité des opinions..

Ces réflexions n'ont d'autre but que de donner une

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