‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 133 sur 162 · AtBBRTUS M. Ethicor., lib. VI, tract. H, cap. IL · texte numérisé non relu

AtBBRTUS M. Ethicor., lib. VI, tract. H, cap. IL

expression philosophique à la répugnance instinctive que tant de bons esprits témoignent à faire état des degrés de qualifications concernant les opinions contraires. Le lecteur sait que cette question n'existe pas pour nous. De par sa nature même et sa loi de formation, l'opinion est solitaire ou elle n'est pas C'est la raison fondamentale pour laquelle les Anciens n'ont pas formulé le problème de la probabilité en tant qu'il suppose deux opinions en présence sur le même objet, et l'attribution à chacun d'elles de différents degrés de probabilité. C'est ainsi que le B. Albert, au commencement de son Commentaire des Topiques, recommande de procéder en pareille matière (qui n'est autre que celle de la probabilité), sans pousser trop loin la spéculation : non profundanles consideraiionem in ipsis. Car on doit s'estimer satisfait d'atteindre le probable dans sa forme substantielle : Omnino siifficiens arbilramiir si quoquo modo probahile possamus cognoscere. 11 était réservé sans doute à la puissance de pénétration des modernes de se montrer plus audacieux et d'établir des degrés dans le plus probable lui-même.

Ce n'est pas que les Anciens n'aient jamais établi de rapport ou de comparaison en plus et en moins, en matière probable. Mais ils l'ont toujours fait entre objets de même espèce ou qualité. Ils diront, par exemple, que les prémisses dans un syllogisme dialectique sont et doivent être plus probables que la conclusion. "Et cela se comprend : il est bien évident qu'aucune opposition de nature n'existe entre les principes et la conclusion. L'homogénéité y est au contraire une nécessité primordiale du [raisonnement. Par ailleurs, c'est aussi une loi que le [principe de la démonstration soit plus

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connu que la chose à démontrer : credibilius et notius qiiam quod per ipsum demonstratur '.

Nous voyons également que les Anciens recommandent de choisir comme point de départ d'un raisonnement dialectique les probabilités les plus fortes. Car, disent-ils, il faut se garder de croire que les considérations et les moyens que peut fournir un sujet donné aient tous la même valeur, autrement dit, le même degré de probabilité. Car le raisonnement, même en matière de probabilité, ne se forme pas de prémisses quelconques : ex qiiibuscumque propositionibus. Les syllogismes n'y ont pas tous la même portée ni le même degré de vraisemblance : non oportet dicere syllogismos similiter hoc est sequaliter esse probabiles '. 11 est possible et même fréquent de tirer d'un même sujet des raisons de différente valeur : il s'en présente de plus probables les unes que les autres : quxdam siint falliora quibusdani^ et probabiliora. Ainsi donc celui-là procédera selon toutes les règles qui mettra en avant les plus fortes vraisemblances que la matière comporte : in quantum permittit propoista materia *. Mais on le voit, dans tout ceci, il y a identité spécifique d'objets comparés. Les degrés sont pris dans le même sens et le même ordre, ce qui est pleinement conforme aux conditions reprises pour une véritable comparaison.

Nous pourrions multiplier ces exemples : par contre, nous n'en connaissons pas qui se rapportent à une comparaison de supériorité et d'infériorité entre deux opi-

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