CHAPITRE VII
Les notions et le- raisonnements que nous avons exposés jusqu'ici, ne sont guère susceptibles d'être résumés. Nous les avons présentés sous une forme plutôt concise, pour leur laisser plus de relief. Nous ne ferons donc, dans ce chapitre, que rappeler les points principaux de la doctrine philosophique précédemment établie.
C'est Barthélémy de Médina, on le sait, qui le premier, a posé la question de l'attitude à prendre en présence de deux opinions, de probabilité inégale, sur le même objet : question qu'il a résolue de la manière suivante : « Il me semble que si une opinion est probable, il est permis de la suivre, lors même que l'opinion opposée serait plus probable '.
Il fallait avant tout lui répondre : nego suppositum. La question ainsi posée implique une idée fausse de l'opinion : non seulement fausse, mais encore en contradiction formelle avec l'enseignement d'Aristote et de saint Thomas. Voici les états d'esprit inférieurs à la science qu'ils reconnaissent tous deux avec la notion qu'ils nous eu
J. — In I. II. quœst. XIX, Art. VI.
238 HÉSUMÉ ET GONCLUSIOMS
donnent. Tout d'abord, le doute âTîopia. Aristote lui assigne pour cause propre et efficiente, l'égalité des raisons : 'ôjv îvavTiwv iG'jTYji; loyia<j.Ci^. Saint Thomas dit de même : inter œqualitalem rationiim solldubio estlocus *. Aucune difficulté sur ce point chezles plus grands des Anciens Auteurs. Ils ne parlaient guère du doute négatif qu'ils portaient au compte de la simple ignorance. Par ailleurs, faisant de l'égalité des raisons le caractère spécifique du doute, ils auraient cru manquer aux règles essentielles du langage philosophique et de la propriété des termes, que de faire rentrer l'opinion dans la catégorie du doute.
Immédiatement, après le doute, venait dans leur doctrine, \e. soupçon. Dans le doute, l'esprit n'est pas autorisée pencher plus d'un côté que de l'autre: bien plus, il cram/ de rompre l'équilibre. Cependant, il arrive un moment de la recherche où cet équilibre est rompu. Il y a rapprochement d'une partie de la contradiction et, partant, éloignement sensible de l'autre. Cette inégalité de raison apour effet propre le soupçon ruTroXYîliç d'Aristote, la suspicio de saint Thomas. Ce dernier définit de la sorte ce nouvel état d'esprit : non totalUer declinatur adunam partem contradictionis, llcet magis inclinetur in hanc quant in illam V Nous n'avons là qu'un prélude, une ébauche incertaine et, pour tout dire en un mot, qu'un soupçon d'opinion. Saint Thomas l'affirme explicitement : non fit complète opinio vel Jîdes '. Par cette définition et cette remarque il reproduit très exactement la doctrine aristotélicienne
i. — De Veritate, quaest. XIV, art. I.