Aristoteles. De anima, lib. III. cap. III
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ralement pas dépassé le stade du soupçon, dans l'idée qu'ils se sont faite de l'opinion. La question posée par Barthélémy de Médina, trop facilement acceptée par eux, ne supposait pas autre chose : bien plus, elle ne se comprenait pas autrement. C'est ainsi qu'ils ont construit des systèmes sur des opinions qui n'en étaient pas. Là où ils nétaieut en droit que de marquer une tendance, ils ont posé une conclusion, porté un jugement. Mais, à vrai dire, un jugement précipité, dans toute la force du terme : un jugement ne pouvant être accompagné de foi ni d'aucun genre de conviction: un jugement relevant bien plus de la volonté que de l'intelligence. Il n'a pu être porté, du reste, qu'en accordant une valeur définitive aux données, telles qu'elles se présentent dans le soupçon. Or ces données ne sauraient avoir une telle valeur : elles représentent des points d'arrêt de la recherche ou de l'élaboration de l'opinion. Le jugement de probabilité dont elles seraient l'objet ne peut être que provisoire et tendancieux : ildemeure subordonné à l'événementet à des causes encore inconnues. Ensuite, de même qu'un moyen ne peut être dit, en vérité, nécessaire, tant qu'il n'est pas apte à produire la science et connu comme tel, de même un moyen ne peut être estimé p/'o6a6/e, tant qu'il n'est pas capable de produire l'assentiment dopinion. Or ce n'est pas ce qui a lieu dans la période de délibération et de recherche et aussi longtemps que dure cette période. La chose est bien évidente. C'est pourquoi même dans le cas où l'inclination est plus forte d'un côté que de l'autre, l'opinion ne se conçoit pas. Nous n'avons, dans ces conditions, qu'un état d'esprit préliminaire et commun à la science, à l'opinion et à la prudence, comme le fait observer Aristote : ce qui nous laisse bien loin de
l'opinion prise dans sa réalité propre et spécifique. En un mot, nous n'avons, en tout ceci, que probabilité douteuse.
La définition que saint Thomas nous donne de l'opinion est de toute clarté. Si elle n'a pas eu plus de succès, c'est qu'on a mieux aimé se rabattre sur un passage des Questions disputées dont un mot prêtait quelque peu à l'équivoque. Nous avons étudié ce passage et facilement résolu la difficulté qu'il pouvait faire naître. 11 ne saurait du reste prévaloir contre l'enseignement catégorique et formel que saint Thomas nous donne, sur le point en question, dans son commentaire des « Seconds Analytiques ». Là, sans aucun doute possible, il donne comme trait caractéristique de l'opinion l'abandon total de l'autre partie de la contradiction : t'atio totaliter déclinât in unam partem contradictionis '. Qu'est-ce à dire sinon que l'égalité des raisons fait le doute, l'inégalité le soupçon, l'absence de raisons opposantes fait l'opinion. Tout cela est simple, logique, naturel : tout cela répond infiniment mieux aux conditions requises par la science morale et son objet propre, que toutes les dichotomies et subdivisions des auteurs modernes.
Nous avons dit sur l'opinion conçue à la manière des anciens, tout ce qu'il fallait dire. Nous n'ajouterons qu'une remarque. L'absence des raisons opposantes nous apparaît comme le critérium le plus objectif et le plus impersonnel qui existe de l'état d'opinion. C'est un élément négatif d'une constatation relativement facile. Il se prend tout entier du côté de la chose en question. Il n'implique aucun de ces degrés en plus ou en moins dont la détermination, dans une manière déjà bien in-