Posterior. Analytic. Lect. I
242 HÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
consistante par elle-même, présente des difficultés pratiquement insurmontables ; il réside tout entier dans une sorte de carence objective, nous voulons dire dans un défaut de motifs contraires qui ne présente par luimême aucune complexité. A ce titre, il est bien plus apte à réaliser l'accord des esprits que tout autre. Le plus et le moins ne disent pas, par eux-mêmes, une mesure fixe, comme par exemple, ce qui est dit égal, double etc. Ils sont du domaine du relatif : et, comme tels, ils sont constitués comparativement : ratione comparationis. C'est pourquoi leur sujet d'attribution peut recevoir des qualifications contraires : tout dépend du terme de la comparaison. Un seul et même sujet peut donc se trouver soumis à un rapport de supériorité et d'infériorité. Le plus et le moins, dans ces conditions, n'expriment pas une quantité déterminée en elle-même, mais par comparaison seulement. Tout cela ne se prête guère au jugement doctrinal dont la fixité objective est une des principales exigences. Nous avons vu que la multiplicité est un des caractères du moyen probable. Il y a là une source et comme une menace perpétuelle de variations, dans le degré de probabilité d'une opinion donnée : et, partant, dans le rapport de comparaison qu'elle peut fonder.
Nous avons même là une des causes les plus habituelles des divergences de vue entre les auteurs, dans la matière dont nous parlons. Ils perçoivent en nombre plus ou moins grand les moyens qui conditionnent une conclusion dans l'ordre de la probabilité. De là vient que leurs jugements concernant les degrés de qualification ne concordent guère. C'est par la même cause que s'expliquent les variations qui se rencontrent chez un seul et
même auteur*. La pluralité qui convient au moyen probable et qu'on épuise rarement de prime abord, est une porte ouverte au progrès et au changement dans le jugement appréciatif des valeurs. C'est ainsi que la comparaison en plus et en moins peut, avec le temps et l'étude, donner des résultats différents. Tout cela est bien complexe, bien suspect de subjectivité et, en tout cas, trop variable pour servir d'unité de mesure quand il s'agit de définir l'égalité et l'addition d'opinions contraires. Encore une fois combien plus simple, plus naturelle, plus satisfaisante pour l'esprit, dans la théorie et dans la pratique, est l'idée que saint Thomas nous donne de l'opinion.
Il nous la présente comme le résultat de l'action synergique ou convergente de toutes les indications positives fournies par l'objet : c'est, pour lui, le seul état objectif qui, dans une question, permet de conclure, de porter un jugement accompagné de foi ou de conviction. L'opinion répond à une détermination contingente dans les opérations logiques de notre esprit : détermination essentiellement imparfaite dans son genre. Cette imperfection, nous l'avons vu, a sa cause propre et unique dans la qualité spécifique des éléments générateurs de l'opinion elle-même. On ne doit pas la chercher dans des raisons opposantes qui rendraient la détermination par trop volontaire : car elles en représentent précisément
1. — Œstimare quanta unaqasque opinio seu intrinseca, seu extrinseca probabilitate polleat, hoc plerumque arduum et salebrosum est : diverse, ut plurimum, à diversis I. I. pro cujasque ingenio, moribus regionum. pcrtium studio : immo interdum ab eodem ex doctissimis licet et sapientissimis esiimatur. J. d'Annibale. Summula theolog. moralis Tract, ù, cap. 2.
244 RÉSUMÉ ET CONCLUSIOSS
l'obstacle extérieur, la force d'inhibition. Et cela est vrai tant que l'on tient l'opinion adverse pour suffisamment fondée : on a beau, dans ce cas, en réduire l'importance en paroles, comme on le fait si souvent. Le fait reconnu et légitimé de son existence demeure. Il demeure comme contradictoire à la détermination prise par ailleurs et à la conclusion posée. La position adoptée de la sorte n'a pas de sens pliilosophique : elle apparaît comme le résultat d'un compromis entre les divergences de vue de différents auteurs : ce qui est inadmissible sur le terrain doctrinal.
On ne saurait expliquer non plus, dans ces mêmes conditions, comment nous pouvons justement prétendre exprimer une vérité dans le jugement d'opinion. Dans ce jugement, se fait tout naturellement une attribution d'un prédicat à un sujet. Et ce n'est pas là une opération vide de sens, une attribution effective sans l'être. Non, aussi bien en matière nécessaire que contingente, une conclusion donnée énonce l'être ou le non être de la chose en question : siimit aliqaid de aliquo affirmative esse, ant négative non esse '. C'est ce qu'il est impossible de faire sans en tend reparle fait même, exprimer une vérité. Or, qu'est-ce qui nous confère ce droit ? Ce n'est rien autre que la concordance de toutes les indications, de toutes les vraisemblances : c'est le seul point rationnel d'une recherche qui fasse foi, qui permette de se prononcer et réalise ridée que les Anciens se faisaient de l'opinion : opinio habet credulitatem in humana ralione fandatam *. On trouve.