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Genicot. Institutiones theologix moralis. Prœfatio

254 RÉSUMÉ ET COKCLISIONS

bable, alors les difficultés redoublent. Les arguments dont on se sert, dans ce cas, pour atténuer la contingence ne s'imposent guère par leur valeur objective, lis restent trop imprégnés de puissance pour relever de l'ordre scientifique : comme tels, en effet, ils laissent une trop grande part, dans leur action persuasive ou convaincante, à la subjectivité.

Mais, dira-t on, d'après la critique que vous en avez faite, l'opinion telle qu'elle est généralement conçue par les modernes, ne représente qu'une plus grande inclination à croire ou à conclure. Dans ces conditions, rien ne semble plus facile que de graduer cette inclination comparativement. On peut jusqu'à un certain point la graduer, sans doute. Il existe des présomptions plus fortes pour une conclusion que pour une autre. Et cela peut se constater, en gros, à la rigueur. Toute la question est de savoir si les qualifications faites, de la sorte, ont un caractère définitif ou provisoire. Or il n'est pas douteux qu'il ne soit simplement provisoire. Tout reste en suspens, tant que la période de délibération n'est pas finie. La prudence élémentaire nous fait un devoir, en pareil cas, ne pas nous prononcer : car nous n'aurions alors qu'un jugement précipité, acquis avant la preuve, obtenu par un dégagement purement volontaire de l'autre partie de la contradiction. Tout ce qu'il nous est permis de faire c'est de constater du plus et du moins dans l'état actuel de la recherche. Dans ces conditions, les degrés dont il s'agit, ne se prêtent à aucune systématisation scientifique, étant sujets à varier et finalement à se révéler dépourvus de valeur. Fonder des systèmes de probabilité sur de tels éléments, c'est les fonder sur des suppositions. Avec un tel point de départ, on peut bien

raisonner, mais sans fin ni résultat. Et cela, pour n'avoir finalement vu dans le probable, qu'une atténuation plus ou moins accentuée du contingent-possible : altération qui n'a rien de bien étonnant. Car il est assez naturel que les mots d'un usage commun perdent leur signification philosophique. On pourrait en citer de nombreux exemples.

Il ne nous reste que quelques mots à ajouter, par manière de conclusion. Les états d'esprit inférieurs à la science sont donc nettement tranchés et facilement reconnaissables, dans la philosophie d'Aristote et de saint Thomas. Non seulement ils sont l'expression de la doctrine authentique de ces grands Maîtres, mais encore ils correspondent exactement aux étapes naturelles de notre esprit en marche vers la science. On perçoit clairement la cause propre et efficiente de chacun d'eux : l'égalité des raisons pour le doute, l'inégalité pour le soupçon, l'absence de toute raison opposante conjointe à la débilité des raisons actives et déterminantes, pour l'opinion. Les auteurs modernes ont cru devoir compléter cette analyse par de multiples subdivisions. En matière de science morale, c'était d'une inspiration suspecte à priori. Et, en fait, les questions relatives à la probabilité morale n'en ont retiré aucun avantage : au contraire, il en est résulté pour elles une complexité et une variabilité beaucoup plus grandes.

Par ailleurs, il est une chose dont on ne saurait douter : c'est que le deuxième des états d'esprit que nous venons d'énumérer, correspond exactement à l'opinion telle qu'elle est conçue dans les systèmes actuels de proba-

bilité comparée. Dans un tel état, eu effet, notre esprit enveloppe les deux contraires, quoique daus une mesure inégale. C'est par là qu'il se distingue spécifiquement de tout autre. Sous ce rapport il est indifférent qu'il se porte plus d'un côté que de l'autre : il n'en change pas de nature pour cela. Du moment qu'il ne peut quitter prise de l'autre partie de la contradiction, il reste ce qu'il est par définition. 11 réalise pleinement ce que Aristote appelle du mot si expressif aix'^o-épiweiv. Or, tout cela répond adéquatement à l'opinion telle qu'on la trouve à la base des systèmes de probabilité plus ou moins grande. Il est manifeste que les inventeurs de la théorie actuelle du probable sont partis d'une fause notion philosophique de l'opinion : ils se sont arrêtés à ce qui n'en est que le soupçon ou la conjecture. Or, un état despritne comportant qu'une conclusion présumée n'est pas un fondement solide pour construire quoique ce soit. Si l'on ne veut pas se contenter de faire appel à l'art de deviner, un supplément de recherche est absolument nécessaire. On ne peut en escompter rationnellement le résultat ni quant au jugement de vérité à intervenir, ni quant à celui de probabilité, c'est-à-dire de la simple dépendance des prémisses. Dans ces conditions, la question posée n'a pas, à proprement parler, sa réponse, tandis qu'elle l'a dans l'opinion. Et c'est précisément là encore, un des traits caractéristiques et distiuctifs de cette dernière dans la doctrine d'Aristote et de ses plus grands commentateurs. Tant que le travail de recherche ne nous autorise pas objectivement à conclure, le jugement appréciatif des valeurs n'a rien de définitif ni même de bien stable. Tout reste subordonné à l'événement. La probabilité reste douteuse.

HÉSUMÉ ET CONCLUSIONS 257

Nous avons vu qu'il s'est produit un certain flottement dans la terminologie, chez les premiers commentateurs scolastiques d'Aristote, concernant la question qui nous occupe 11 provient d'une traduction défectueuse du mot 'jT:o),T,d.!.;dont se sert Aristole. Ce mot a été souvent traduit et il l'est encore dans certaines éditions modernes, par opinio. Et comme le mot 8o^a l'était également et avec bien plus de raison, on voit toute la confusion qui s'en est suivie dans l'exposition des commentateurs. Le passage où saint Thomas reproduit de la façon la plus nette et la plus adéquate la doctrine du l'hilosophe sur ce point, se trouve dans sa première leçon sur les Seconds Analytiques. C'est moins sans doute par l'examen approfondi du texte grec, que par la logique immanente aux choses elles-mêmes, qu'il a été amené à ce résultat. Là il sépare nettement le soupçon de l'opinion. Il attribue au premier toutes les notes que Aristole attribue, de son côté, à l'ùiroXY^'iiç.

Le propre de cette dernière c'est de ne pas être accompagnée de croyance iricTiç : Aristote insiste beaucoup sur ce point ; il fait de cette absence de conviction, la marque distinctive de cet état d'esprit, qui correspond, en français, aux mots soupçon, conjecture, inclination à croire. 11 l'oppose constamment à l'opinion. C'est aussi ce que fait saint Thomas : il déclare expressément que le fait de se porter plus délibérément vers une partie de la contradiction que vers l'autre ne constitue pas l'opinion : ce n'en est qu'une première ébauche, un dégrossissement : non complète fit Jides vel opinio '. Celle-ci ne se trouve pas réa-

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