Albertus m. Ethicor., lib. I, tract. IV, cap. IV
ne sont pas sans importance. Elles nous aident à mieux comprendre la nature de la probabilité et de l'opinion : elles nous permettent de les situer rationnellement, aussi bien dans l'organum aristotélicien que dans l'ensemble de nos connaissances. Si les écrivains de l'Ecole avaient fait une plus grande place dans leurs études et commentaires au livre des Topiques, les questions concernant le probabilisme moral y auraient considérablement gagné. Elles auraient sûrement évité le confusionisme dans lequel elles sont tombées plus tard.
Mais notre esprit est ainsi fait qu'il recherche de préférence les questions susceptibles de solutions catégoriques et nettement tranchées. C'est ainsi qu'il se sent plus à l'aise dans le domaine du nécessaire que dans celui de la probabilité, dans le dogme que dans la morale, dans les « Seconds Analytiques » que dans le traité des « Topiques». Ce dernier s'occupe, il est vrai, avant tout, de la logique du probable ; mais il n'en fournit pas moins les éléments d'une notion exacte de la probabilité et de l'opinion. Par le seul fait qu'il est logiquement suivi de la rhétorique, nous apprenons que toute raison de quelque valeur ne mérite pas d'être appelée pro6a6/e. Seule peut être ainsi qualifiée celle qui est définitivement reconnue comme productrice de l'opinion. Si elle ne fait que crééer une inclination, marquer une tendance plus ou moins prononcée, elle ne peut être dite probable : tout d'abord, à cause de sa faiblesse intrinsèque qui ne permet pas de conclure ; ensuite, parce que les qualifications faites durant la période de délibération n'ont rien de définitif. Nous venons de le redire avec le B. Albert : l'opinant se prononce d'une manière positive et nette ; certo
modo enuntiat de quo opinatiir * : ce qui est inadmissible tant que le travail de recherche n'est pas achevé : quod non facit consilians. Par ailleurs, le mot probable dont on se sert dans de telles conditions, ne peut avoir que le sens de contingent possible, ce qui représente non seulement une locution impropre, mais encore une erreur en bonne philosophie.
Nos conclusions générales et ultimes se dégagent d'elles-mêmes de la doctrine philosophique que nous avons exposée jusqu'ici. En voici les principales,
1° L'opinion est uniquement probable ou elle n'est pas.
Elle ne peut s'engendrer en nous sans la défaite et la négation de l'opinion contraire. On a beau diminuer l'importance de cette dernière, l'amenuiser en paroles le plus possible, comme tant d'auteurs s'appliquent à le faire, elle n'en constitue pas moins un obstacle extérieur, infranchissable à la genèse de l'opinion. Et cela demeure vrai, tant qu'on lui reconnaît un droit à l'existence. Or, la reconnaissance de ce droit est un élément constitutif et essentiel du système moderne de probabilité : système qui repose, par conséquent, sur un concept inadéquat, mutilé et faussé de l'opinion. Celle-ci ne résulte pas d'un simple rapport des raisons favorables aux raisons contraires, mais de la totalité des raisons ou vraisemblances favorables. C'est pourquoi elle implique.