‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 151 sur 162 · Albertus m. Elhicor., lib. VI, tract. III, cap. I · texte numérisé non relu

Albertus m. Elhicor., lib. VI, tract. III, cap. I

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enjeu, aucun n'a encore de valeur définitive, même comparativement à une autre. Rien ne nous autorise donc à transformer le point de recherche rationnelle où nous sommes ainsi parvenus, en foi ou en croyance. C'est un point capital de la doctrine d'Aristote et de ses plus anciens commentateurs touchant la probabilité.

En pareil cas, nous ne pouvons que croire por supposition, soupçonner une conclusion, mais non la donner ou la poser comme probable. Seule la probable met fin à la période de recherche ; seule elle réalise ce que les anciens re ■ disent à l'envi de l'opinion : opiiiio non esl qusestio. C'est ce qui ne s'est guère vérifié avec l'idée de contingence possible plus ou moins atténuée, que lui ont prêtée les modei'nes. N'est-elle pas devenue, de par sa notion elle-même, le point de départ de questions innombrables et insolubles ? Elle n'a rien terminé du tout, même par rapport à la question à laquelle elle était censée répondre. En effet, la réponse donnée dans ces conditions, était bien illusoire, puisqu'elle se produisait en face d'une autre toute contraire.

4° La question des degrés de probabilité par lesquels se trouveraient reliées deux opinions contraires, ne se pose pas étant donnée la notion exacte de l'opinion : par ailleurs, elle ne peut avoir de portée scientifique dans la position prise par les modernes.

Tout d'abord, c'est une question, disons-nous, qui ne se pose pas en bonne philosophie. Elle est contradictoire à la nature même de l'opinion. Sans doute, deux opinions contraires sur le même objet peuvent se présenter, en fait, dans différents esprits. Mais elles n'ont pu naître comme telles que par la négation, tout au moins en action — in actu exercito — l'une de l'autre : c'est-à-dire par l'absence respectivement constatée de valeurs con-

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traires. Les valider ou légitimer l'une et l'autre dans quelque mesure que ce soit, c'est les abolir ou ruiner toutes deux comme opinions. Il n'y a lieu ni à rapprochement ni à comparaison en plus ou en moins entre elles, • mais seulement à réfutation : elles sont irréductibles, se trouvant à l'extrême de l'opposition.

Quant à l'opinion, telle qu'elle se rencontre dans le système moderne de probabilité, nous avons vu qu'elle se ramène à une simple inclination à croire, à conclure. Sous ce rapport, elle ne signifie rien autre qu'une certaine limitation du possible. Elle apparaît donc susceptible comme telle, de degrés divers. Mais n'oublions pas que, dans ces conditions, rien n'est déterminé ni définitif, le terme du devenir qui donne à chaque chose sa valeur spécifique, demeurant lui-même incertain. Ce n'est pas de plus et de moins dans l'abstrait qu'il s'agit, mais de données concrètes dont aucune ne peut être l'objet d'un jugement appréciatif certain de probabilité. Ce qui, de toute évidence, ne saurait être pris pour fondement d'un système d'une portée générale et scientifique, à moins qu'on ne veuille construire sur des suppositions ; c'est-à dire sur des éléments d'une valeur encore indécise.

Par ailleurs, nous avons vu que deux opinions contraires ne réalisent aucune des conditions requises pour une bonne comparaison. Et les réaliseraient-elles, qu'on pourrait toujours se demander si la recherche du plus et du moins, en pareille matière, ne dépasse pas les exigences et les conditions de la science morale. Des raisons de philosophie pure ne manquent pas pour le soutenir. Nous en avons exposé quelques-unes. Ces degrés intensifs sont pris dans une détermination contingente déjà bien diffî-

cile à obtenir par elle-même. La relation logique, le nexus de causalité entre l'opinion dans sa donnée substantielle et les raisons qui le déterminent, est un minimum dans son genre.

Sil s'agit maintenant de quelques modalités ultérieures et accidentelles, leur détermination contingente dans notre esprit ne peut atteindre au caractère impersonnel et objectif requis par la science. Sans doute, un auteur plein de son sujet pourra se prononcer avec beaucoup d'assurance sur l'existence d'un degré supérieur de probabilité : mais l'impuissance où il se trouvera le plus souvent de faire partager sa conviction par d'autres, montre bien la part de subjectivité qu'elle renferme. En un mot, dans la matière subtile dont il s'agit, la contingence est telle qu'elle ne peut plus être cernée et canalisée au point de produire une détermination doctrinale, c'est-à-dire suffisamment désindividualisée. C'est, tout au moins, ce qui se réalise généralement «t ce que l'expérience et l'histoire confirment dans une large mesure. 11 faut en conclure que ce genre de recherche, à le supposer possible par ailleurs, ne se recommande ni des données d'une saine philosophie, ni même de l'intérêt bien compris de la pratique où par la nature fluide et quasi impondérable de son sujet, elle entraîne fatalement une grande diversité d'opinion '. Si le B. Albert a pu dire des choses contingentes qu'elles sont comme une ombre, un écho des formes premières de l'être — umbrse et resonantise formarum primarum : et, cela, dans l'ordre

1. — Sous ce rapport, on peut dire que, malgré certaines apparences, le probabiliorisme procède d'une moins juste conception de la science morale que le probabillsme simple.

de la connaissance que nous en avons : que ne devronsnous pas dire, dans ce cas, des modalités et degrés à établir dans la probabilité d'opinions contraires? L'abandon d'une telle recherche réaliserait, à tout prendre, un progrès en théologie morale.

5» Ce qu'il y a d'incomplet et d' inapaisé dans l'opinion, s'explique suffisamment par la faiblesse de ses éléments générateurs.

C'est un sujet que nous avons abondamment traité. 11 est d'importance. C'est pour avoir trop exclusivement cherché dans des raisons contraires coexistantes, la cause de ce qu'il y a d'imparfait dans l'opinion sous le rapport de la connaissance et de la détermination, qu'on s'en est fait une idée fausse et qu'on a été conduit à admettre, en droit et en fait, la coexistence de deux opinions sur le même objet. Nous ferons seulement observer que pour être le résultat de l'action convergente de toutes les indications positives dans un cas donné, l'opinion n'en conserve pas moins son caractère d'imperfection dans l'ordre de la connaissance et dans celui de la détermination. Car elle n'en est pas moins contingente dans tous ses éléments générateurs et constitutifs. Le jugement porté n'a rien d'absolu, étant le produit de causes non nécessaires. Il n'exclut qu'une puissance de simultanéité d'être autrement. Une telle puissance le mettrait en contradiction flagrante avec l'état de choses dont il est fonction et la conclusion propre. En un mot, il est une affirmation d'inhérence actuelle, mais toute contingente par rapport à sa cause : de inesse ut mine, non sintpliciter, disent en pareil cas, les logiciens scolastiques. Il résulte de ces considérations que c'est moins dans l'ordre de la connaissance que dans celui de la détermination q\ie l'opi-

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nion s'oppose spécifiquement à la certitude. Dans celleci le moyen produit une détermination aussi complète que la matière le comporte ; la construction logique dont il est le ressort, ne souffre d'aucune fragilité intrinsèque. C'est ce qui se vérifie même dans le domaine du contingent. Dans ce cas, la certitude peut être dite /)ro6a6/e avec saint Thomas ; mais c'est uniquement pour caractériser la matière contingente où elle se réalise et la distinguer, de la sorte, de la matière nécessaire de la certitude démonstrative et scientifique. Dans ces conditions le mot probable n'implique donc aucune diminution de la certiude, quant à son élément négatif, comme on le voit par l'exemple de l'autorité du témoignage humain, qu'apporte saint Thomas (2» 2s quaest, 7 art. 2). Ce témoignage, comme le remarque Cajetan, dans un autre passage de saint Thomas, ne produit pas une certitude d'évidence, mais de /oi-certitudo fidei — à tel point qu'elle nous permet de ne plus compter pour rien l'autre partie de la contradiction. {Sum. théolog. 2» 2« quaest 80, art. 3, ad i»™).

6° Le motif spécifique et déterminant de l'opinion est d'essence rationnelle.

C est ce qui la distingue de la foi humaine fondée sur l'autorité de celui qui parle. C'est une distinction qu'il importe de ne pas oublier, si l'on veut éviter des confusions regrettables: leSxVnciensl'ontbiensouventsoulignée. C'est ainsi qu'ils ont vu dans l'opinion une croyance ayant son point d'appui dans la raison humaine : credulitas in humana ratione fundata *. C'est ainsi également qu'ils ont placé l'élément constitutif de l'opinion non

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