SïLVESTER Prieras. Summa Summoram Verbum-Opinio
ainsi, avait tout d'abord donné comme caractère distinctif de l'opinion de conclure pour une partie de la contradiction et non pour V^nlre : probabiliter pro una parte et non pro alla. Ces idées étaient courantes en philosophie, avant qu'une question mal posée ne vint tout embrouiller. On voit qu'il n'a manqué au probabilisme pur que d'être lui-même, c'est-à-dire de faire rendre aux mots leur plein sens.
Quant au soupçon où l'inclination à juger s'accuse plus forte d'un côté que de l'autre nous savons ce qu'il en faut penser. Il ne nous apporte aucune donnée d'une valeur déterminée et définitive, même par comparaison. Tout s'y trouve en suspens. La connaissance ainsi obtenue est très imparfaite : les éléments de la conclusion à intervenir y sont contenus sans doute, mais en puissance seulement : autant dire qu'ils nous sont encore inconnus comme tels. Car le jugement est le complément nécessaire, la forme logique de la connaissance : Completivuni cognitionis ', dit saint Thomas. C'est pourquoi, tant que nous ne sommes pas en état de formuler un jugement, la chose ne nouS est pas connue, à proprement parler. Il s'ensuit qu'un tel état d'esprit ne nous fournit aucun principe, aucune règle pour un acte moral : et partant, il ne saurait créer de lui-même aucune obligation. Prétendre le contraire, ce serait faire reposer une détermination positive sur des éléments encore indécis et indéterminés. Il n'y a donc qu'à prendre acte de cette indétermination objective, de cette carence des conditions requises pour une obligation, en disant avec saint Thomas: nullus ligatur per
1. — Sr Thomas. Sum. theolog., 2' 2œ, quxst. CLXXIII, art. II.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIO^iS 273
perceptum aliquod nisi mediante scienlia illais prsecepti *. Evidemment il ne peut s'agir ici de science dans le sens absolu que nous avons si souvent rappelé, mais de connaissance au sens large du mot : cependant faut-il encore que cette connaissance ait une forme logique et représente une valeur acquise et déterminée. Or ce n'est pas notre cas, puisque l'oeuvre de connaissance en question, est essentiellement incomplète et indéterminée. On peut voir par là, que les probabilistes n'ont pas tort, en fait, de ramener finalement au doute les opinions ? contraires d'inégale valeur, sur un point donné. Mais c'est là un exemple d'un conséquent vrai avec un antécédent qui ne l'est pas. C'est la probabilité elle-même qui est douteuse, dans ce cas. Et c'est aux règles concernant la concience douteuse qu'il faut pratiquement recourir.
Notre but, dans cette étude, nous l'avons dit, est avant tout de rétablir dans leur vrai sens, dans leur portée exacte, les notions philosophiques qui se trouvent à la base du système actuel de probabilité. Quant au travail d'adaptation pratique qui en est la conséquence, nous n'avons pu qu'en indiquer les grandes lignes sous toutes les précisions et distinctions que nécessiterait une exposition plus complète, notre but principal étant de restaurer les notions de probabilité et d'opinion. Du reste, ce travail se trouve bien simplifié quand on rend à ces deux mots la signification qu'ils avaient dans la philosophie ancienne. La théologie a toujours le plus grand intérêt à se maintenir étroitement en contact avec elle. Ce contact s'est relâché de bonne heure pour tout ce qui regarde